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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 16:04

Jeudi :

 

            Assez tôt dans la matinée, le sommeil de Sylvain fut troublé par les jappements de son chien, un berger allemand nommé Nounours, qui voulait faire un tour dehors ; tous ces aboiements répétitifs, avec de surcroît les rayons du Soleil levant, achevèrent de réveiller le lycéen.

            Après le rituel d’avant les cours - qui ne comprend ni savon ni shampooing ni gant de toilette ni dentifrice -, le jeune écologiste sauta sur son vélo, espérant ne pas subir les tempêtes matinales de son supérieur :

 

J’espère que j’aurais pas encore affaire à lui cette fois ci…

 

            Huit heures  ; cours de SVT.

 

« Ah, je vois que tu peux arriver à l’heure, lui murmura Emilie. Je savais que tu pouvais le faire. »

            Sylvain ne sut que répondre. Le cours portait sur l’ADN –Acide dé… ? se demandait l’écologiste-, et durant cette heure et demie de « travaux pratiques », on apprenait quelque chose de capital, à savoir que le code de l’ADN est universel, avec toutes les conséquences épatantes que cela entraîne sur la compatibilité génétique. Depuis qu’on avait parlé de bases azotées, de nucléotides et de phosphates, Sylvain avait fini par lâcher le fil du cours de SVT, n'arrivant pas à reconnaître le lien étroit avec la chimie, et ainsi manqua le principe fondamental de la création moderne d’OGM. Et Sylvain s’ennuyait, dessinant des arbres puis un paysage de forêt, sans quelconque envie de suivre ou noter le cours.

 

            Plus tard, lors de la récréation à dix heures, Sylvain se trouva à parler avec Emilie :

« …tu devrais lire ce livre, c’est la clé pour nous sortir de ce problème, dit-il. »

            Emilie avait la tête ailleurs et fit « Mmhm » brièvement, ramenant le sujet sur quelque chose qui l’avait marquée :

« Mais dis-moi Sylvain, pourquoi tu te laves jamais les cheveux ? Ils sont tout gras.

-Ah, ça… Oh, il suffit de les couper. »

            Elle le dévisagea avec une certaine expression de dégoût, ne voulant pas chercher à savoir si ces espèces de fils trempés dans de l’huile de vidange (non, végétale, et puis, peu importait) mesuraient plutôt huit ou douze centimètres, non, il ne valait mieux pas savoir.

« Oui, donc je disais, reprit-il, la chimie est une folie parce qu’elle ne correspond pas aux volontés de la Nature. Et c’est vrai que la Nature… »

            Emilie n’écoutait pas son sermon, et c’est ce qui l’empêchait de comprendre que les shampoings étaient proscrits dans le mode de vie ascète de Sylvain.

 

            Début d’une longue pause à midi, Sylvain étant en compagnie de Franck, Fabrice, Bertrand et Sébastien.

 

« Woh, fit Franck, j’ai vu le menu et ça m’a l’air bien pourri. Au lieu de ça, on pourrait sortir en ville et manger au McDo.

-Ouais, pourquoi pas, répondit Bertrand, mais c’est chacun qui paye, non ?

-Moi, je sais pas si je pourrai y aller, déclara Fabrice.

-Oh, pas grave, si tu veux, je te le paye, mais juste pour cette fois. Sinon Sylvain, tu peux venir aussi, je payerai à ta place si tu veux, c’est mon jour de bonté !

-Bonté ? Tu parles, je serai à peine rentré que j’étoufferai avec toutes ces vapeurs toxiques…

-Oh, vas y, faut au moins que tu goûtes une fois, même si c’est pour voir que c’est dégueulasse.

-Non, j’ai pas envie. Allez vous empoisonner si vous voulez, mais allez pas vous étonner si vous avez le cancer ou la polio dans quelques années.

-T’inquiètes pas, on fait attention à notre ligne, dit Sébastien.

-Mais c’est pas ça, rétorqua Sylvain, c’est qu’avec tous ces OGM, ces produits traités avec des insecticides et des engrais chimiques, vous allez crever !

-Et ben, répondit Bertrand, on crèvera et ça fera une tellement mauvaise pub pour McDo qu’ils vont tous fermer, voilà. Bon, on court vers le sacrifice ultime maintenant, allez, on y va ! »

            Les autres, Sylvain excepté, rirent gaiement et s’en allèrent vers le premier vrai attentat kamikaze fatidique contre McDonald’s.

 

            Après un repas fort ennuyeux en compagnie de Marion, Mathilde et Elena, trois adolescentes jacasseuses et normales à en être vulgaires (« Dindes et fières de l'être ! »), Sylvain fuit ce qui lui semblait le théâtre lycéen de l’abomination industrielle humaine, se dirigeant vers la cour où il retrouva Sébastien qui semblait aller vers la cafétéria.

 

« Attends ! dit Sylvain. »

            Sébastien se retourna et se résigna à lui accorder un moment.

« Tu voulais me demander quelque chose pour le contrôle de chimie ?

-Pas du tout, j’ai pas révisé et ça sert à rien.

-C’est bizarre, t’es écolo et tu veux même pas savoir comment la nature marche ?

-La chimie, c’est pas naturel, déclara Sylvain sur un ton assuré.

-Euh… si, c’est juste qu’en sachant comment ça marche, on peut la maîtriser. Y a aussi des réactions chimiques dans la nature, comme la cristallisation des laves, la dissolution du sel dans l’eau comme quand les océans se sont formés, toutes les réactions qui se passent dans les êtres vivants quand ils produisent des substances…

-N’importe quoi.

-Me crois pas si tu veux, mais n’importe quel scientifique te dira que c’est vrai. Et puis, en y repensant, la physique, c’est rien d’autre que les lois de la nature vues par l’homme. Et si on arrive à produire de l’électricité, la nature fait bien pareil avec les orages, tout ce qu’on fait, c’est arranger des choses naturelles pour qu’elles fassent ce qu’on leur demande, et pour le faire, il faut savoir comment la nature marche. C’est pas forcément un crime…

-Si, interrompit Sylvain.

-C’est vrai, les bombes atomiques, les armes bactériologiques, ça salit l’image de la science, la science appliquée, c’est ce qu’on en fait. On peut très bien faire des choses bien : des voitures, des ordinateurs, des frigos, des lecteurs CD…

-Tout ça, ça sert à rien et ça déshonore la Nature.

-Roh, là tu exagères. Tiens, prenons un exemple, les OGM.

-Trucs pourris…

-Un OGM, comme son nom l’indique, c’est un Organisme Génétiquement Modifié ; et « modifié », ça veut pas forcément dire qu’il a été mal modifié, au contraire, on cherche à améliorer les plantes en les rendant plus productives, pour qu'elles résistent mieux aux animaux ravageurs, et p't-être qu’un jour, on pourra même les rendre meilleures au goût.

-Parce que tu es pour les OGM ?

-Je suis pas pour les OGM, je suis pour les bons OGM, ceux qui apportent un progrès ; mais c’est vrai qu'actuellement je peux pas être d'accord avec ce qu'on en fait... Par contre, j'ai entendu dire qu'on pouvait créer des poulets à six cuisses, on pourrait p't-être s'en...

-Ah, quelle horreur ! coupa l'écologiste profond. Je comprends vraiment la notion de crime contre la Nature maintenant. (Il soupira, Sébastien souriant à l’écoute de « crime contre la Nature » sans pour autant y mettre des préjugés.) Allez, et tu vas pas me dire que tu es pour la nourriture chimique ?

-Oh, ça dépend. Ce qui est dommage, c’est que quand on veut reproduire un arôme, on a souvent tendance à n’en prendre qu’une partie, comme pour la vanille où on prend que la vanilline. Et c’est sûr qu’il y a beaucoup de saloperies dans nos assiettes, je te le fais pas dire. Mais sinon, j’ai entendu l’autre fois à la radio un chimiste qui disait que l’avenir de la cuisine devrait s’aider de la chimie, qu’on pourrait créer des substances qui ont un goût totalement nouveau et très bon aussi, et qu’en mélangeant la création chimique à la création culinaire, on pourrait inventer plein de super plats qu’on n’aurait jamais pu manger avant.

-Tu parles, toutes les substances chimiques sont mauvaises.

-Pas du tout, et même les substances artificielles ne le sont pas toujours. Tu sais, je préfère manger de la vanilline artificielle plutôt que de l’arsenic naturel, pas toi ?

-Artificielle ? Jamais ! Plutôt mourir ! lança-t-il dans l’émotion. »

            Sébastien sourit à cette préférence qu’il commenta :

« Ca tombe bien, l’arsenic c'est mortel, comme ça t’auras pas besoin de te suicider avec un couteau…ta mort sera plus… naturelle.

-Et ben tant mieux ! ajouta Sylvain. Du moment que je suis dans un cimetière bio…

- ?... Des cimetières bio ? C’est vraiment utile ou c’est de la parano ? Si ça continue, on va faire des fourchettes bio, des bébés bio, des capotes bio… Ca va finir par devenir du n’importe quoi.

-En tout cas, je vois tout de suite que c’est pas avec toi qu’on va régler le réchauffement climatique.

-Woff… En tout cas, c’est pas avec toi qu’on l’aurait découvert. Allez, salut ! »

            Sylvain, une fois de plus isolé, était dans un profond embarras, confronté aux problèmes inhérents à ses thèses. Pour qui se prenait ce Sébastien, cet avocat de l’artifice et de l’industrie ? Comme si la science pouvait apporter du progrès…

 

En fin de compte, on devrait s’en méfier, des gens comme ça… pensait Sylvain. J’aurais dû m’en rendre compte plus tôt.

 

            Malgré cette pensée, Sylvain marcha aussi en direction de la cafétéria, y retrouvant les kamikazes après un cuisant échec, eux étant encore là, bien vivants, McDonald’s aussi.

 

« Ah oui Sylvain, j’organise une fête ce week-end, annonça Bertrand, si tu veux, tu peux venir, moi ça me gêne pas. »

Les autres eurent une moue de peur et de désapprobation.

« Oh, oui, je veux bien, répondit Sylvain, mais qu’est-ce qu’il y aura à manger et à boire ?

-Du Coca, des cocktails, de la bière…

-Mais vous êtes fous ! Vous pouvez pas prendre des jus de fruits ou de l’eau ?

-Ah, il y aura de l’Oasis, du…

-OK, c’est même pas la peine. Encore un coup à déclencher une grosse hécatombe après une grosse beuverie… Roh, vous me dégoûtez, je m’en vais. »

 

            Et il s’en alla dans une ambiance où seul Bertrand était apte à lui répondre sans trop s’énerver.

 

« Ah ouais, t’avais raison Bertrand, dit Franck, suffisait de lui dire ce qu’on buvait pour qu’il vienne pas.

-Tu vois, mais même s’il avait accepté, je l’aurais laissé venir quand même, il doit pas sortir bien souvent.

-Bwof… fit Franck. »

            Tous sauf Bertrand semblaient du même avis que Franck, pas très enclins à accepter Sylvain après toutes ces disputes. Sébastien changea de sujet :

« Je sais pas pour vous, dit-il en se frottant les mains, mais moi je suis chaud pour le contrôle.

-Ouais, ben tu dois bien être le seul, remarqua Fabrice.

-C’est sûr, ajouta Bertrand. »

 

            Quatorze heures : le fameux contrôle était enfin arrivé, pour beaucoup, la distribution des énoncés fut un moment de peur panique en partie étouffée par l’autorité du professeur. Comme chaque élève, Sylvain reçut sa copie.

 

« Vous avez deux heures, rappela le professeur. »

 

            Sylvain lut l’énoncé :

 

« I) Etude d’une bouteille commerciale de méthane

 

Le méthane, de formule CH4, est un gaz à température ambiante. On étudiera le cas d’une bouteille de méthane d’usage domestique de volume V1=25L.

 

1) Sachant que la bouteille pleine a une masse de 45kg et que la bouteille vide a une masse de 10kg, déterminer la quantité de matière de méthane dans une bouteille à la vente.

 

[…] »

 

Oh, c’est trop compliqué, pensait Sylvain sans jeter son regard sur les données à la fin de l’énoncé. «réaction de combustion », « volume molaire », des mots qui ne voulaient rien dire et ne servaient à rien, surtout quand on était écologiste et opposé à la chimie, au réchauffement climatique…

 

J’ai une meilleure idée, se dit-il.

 

            Il se munit de quelques crayons de couleurs qui traînaient dans sa trousse, ayant conscience du fait qu’il ne risquait rien de la part du professeur (ni des élèves), et sortit son compas. Sur une copie séparée qu’il ne rendrait pas… Quoique, mieux vaut ça que feuille blanche, j’espère que le prof va pas le prendre mal… Ainsi, sur sa copie, Sylvain traça un cercle. Il posa ses instruments et réfléchit, la main devant la bouche, méditatif.

            Il commença à dessiner une planète utopique, une planète verte (à moins qu'elle ne soit verdâtre ?). A ses environnements, les mêmes que la Terre sauf les déserts, étaient associées des descriptions écologiques manquant à la fois d'imagination créatrice que de rigueur. Ce que Sylvain ne savait pas, et ne voulait pas savoir, c'est que l'écologie est une science, pas une mouvance politique. Et ne sachant s’extraire réellement du modèle Terre/humains à cause de l’égocentrisme proprement humain qui a mis la Terre et l’homme au centre de tout, il créa une unique espèce intelligente, bipède, avec deux yeux, des bras, un nez, des oreilles etc. Il expliqua les mœurs de ces extra-terrestres qui correspondaient au mode de vie ultime imaginé par Schäckorter et d’autres, où la technique était encore plus absente que chez les chimpanzés actuels, où l’on vivait « sobrement », se soignant avec une connaissance superficielle des plantes, où la chasse avait disparu alors que Sylvain ignorait que la viande est très nutritive, où les adultes comme les enfants jouaient avec les autres créatures, où, comme dans le rêve du dessinateur, tout le monde vivait en harmonie avec la nature.

 

Quelle belle planète… songeait l’écologiste. Une image terrifiante, marquée d’une connotation extrêmement négative lui vint à l’esprit : cette planète de Star Wars, la République, qui n’avait ni champs, ni mers, ni forêts, une planète entièrement recouverte de ville, une cité-planète pour ainsi dire, avec des immeubles gigantesques, de puissantes industries, une circulation très forte… L’enfer pour Sylvain.

Heureusement que ce genre de planète ne peut pas exister… A moins que… Non.

 

            Les souffrances de l’écologiste abrégées lors de la récréation de dix sept heures, il croisa alors Mélanie, étant en quête de son petit ami, Laurent :

« T’aurais pas vu Laurent ?

-Non, par contre, répondit Sylvain, j’ai vu Mathilde, Marion et Elena dans la cafét’.

-Oh, tant pis, je le retrouverai à la sortie, tu viens avec moi à la cafét ?

-Oui, si tu veux. »

 

            A l’intérieur de la cafétéria, plus d’élèves de la classe que prévu s’étaient rassemblés : Damien, Julie, Elena, Mathilde et Marion. Ces trois dernières passaient leur temps à glousser sur tout et n’importe quoi : les mouches qui volaient, un garçon qui parlait ou qui souriait, des élèves qui travaillaient, en fait, on ne savait pas trop, c’était un mystère.

           

« Au fait, demanda Sylvain à Mélanie, euh…

-Oui, qu’est-ce qu’il y a ?

-…T’es d’accord avec Laurent quand il dit que la Chine peut polluer comme elle veut ?

-Oh, tu sais, c’est pas mes affaires, mais apparemment, il faudrait les laisser se développer comme ils veulent, en toute liberté, mais je vais te dire, la politique et l’écologie, tu vois, je m’y intéresse un peu, mais pas plus que ça. J’ai pas tellement envie d’en parler. »

           Ce semi apolitisme évita une bonne dispute entre Sylvain, Mélanie et Julie sur leurs relations amoureuses respectives, les influences au sein des couples, dispute qui serait née des mêmes divergences entre l’écologiste profond et le libéral.

Le temps suivit son chemin avec ennui pour un Sylvain décidément dépité par la puérilité des trois filles avec qui il avait mangé, et trop fatigué pour dire quoi que ce soit. Puis arriva la sonnerie. Pendant que la classe rentrait en cours, Julie interpella Sylvain :

« Eh, attends ! »

            Il fit volte-face.

« Tu sais, le livre dont tu m’as parlé…

-Des mœurs et de l’écologie profonde ?

-Oui, c’est ça. J’aimerais bien que tu me le prêtes, ça m’a l’air très intéressant.

-Mmmh… Je veux bien, mais il va falloir que je demande à mes parents, normalement c’est un livre chacun. De toute façon, tu passeras chez moi ce week-end, alors on verra bien.

-Merci ! répondit-elle en l’embrassant. »

 

            Sylvain se sentait réconforté, mais il ne savait pas vraiment pourquoi. C'est juste le bisou – et si j'avais de la – non c'est pas ça – c'est la moustache – pas possible que je sois faible à ce point ! - tu es comme tu es, c'est comme ça.



« ...De rien. », répondit-il gravement.

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Published by Bête spatio-temporelle - dans Les écolos rigolos (feuilleton)
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commentaires

Bête spatio-temporelle 29/08/2010 02:41



Euh... Tu pourrais argumenter ?


 


Sinon je me rends compte que le texte est mal mis en forme sur les articles de la série Les écolos rigolos, je devrai repasser dessus un peu plus
tard pour rendre ça plus propre.



Robin 23/08/2010 20:27



Ton blog est hyp¿r cool et les sujets que tu traite est vraiment interessant. Bref t'es un genie!



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