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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 18:48

Vendredi :

 

            Rassuré par son arrivée à l’heure la veille et constatant que le ciel de nuit était voilé, ne pouvant laisser venir la douce lueur de la Lune, Sylvain avait fermé les volets de la fenêtre de sa chambre. Et c’est ainsi que les rayons du Soleil, Vendredi matin, durent se faire plus forts pour faire émerger Sylvain de son sommeil, et ne renonçant point à ses habitudes matinales, il eut une bonne raison de ne pas déambuler à toute vitesse avec son vélo dans la ville. Ca vaut pas le coup, se disait-il.

 

            Huit heures et demie, quelque part dans les bureaux de l’administration du lycée :

 

« Encore vous ! beugla M.Chantelort. Vraiment marre de vos… jamais vu… laisse tomber cette fois ci… devrais vous amenez au conseil de… faites vraiment exprès pour… m’en vais… besoin de me reposer… m’en moque… pas si je vais revenir Lundi… »

            Sur ces paroles synonymes d’un accident de travail pour leur locuteur, ce dernier se mit à déserter le lycée sans que personne ne l’en empêcha du fait de son autorité. Marc, un surveillant fort agacé par cet épisode, se présenta devant Sylvain afin de lui faire part de ses sentiments :

« Et voilà ! Tu lui as fait péter les plombs ! Tu vas vraiment avoir des problèmes à cause de ça, M.Chantelort n’est pas du genre fainéant, et un… un fainéant comme toi le rend complètement dingue ! … vas devoir aller au bureau du proviseur… changer de carnet… devoir t’apprendre la discipline… prétextes ridicules… tu n’es qu’un…

-… »

 

            Après un séjour pas si gratuit dans le sinistre bureau du proviseur où il faisait très, très chaud, ce à quoi on pouvait s’attendre au vu de la météo des derniers mois, où les tempêtes sévissant dans le bureau du CPE n’étaient en fin de compte que le signe précurseur d’un pénible et violent ouragan administratif, Sylvain s’échappa de ce préjudice par la grâce d’un chef exaspéré afin de se réfugier…

 

Mince ! En plus, c’est le cours de Maths ! Quelle plaie…

 

            L’accueil y fut beaucoup plus froid étant donné que la majorité de la classe cherchait et réussissait presque à être au bord de la somnolence, bercée par les paroles du professeur qui faisait la correction d’un devoir manqué.

 

« Ah, Sylvain, fit-il. Je pensais que tu étais absent, demande à Julie de te donner ta copie. »

Sylvain s’installa, quelque peu attristé, prêt à lui aussi s’égarer dans une autre dimension.

« Tiens, de toute façon c’était pas de notre niveau. »

 

5. Pas grave, je vais pas en S. Je me rattraperai sur l’Anglais.

 

            Pendant la récréation de dix heures, Emilie, déléguée contre son gré ayant assisté au conseil de classe du deuxième trimestre, distribuait les comptes-rendus personnels, avec avis sur l’orientation.

 

« Tiens, Sylvain, c’est pour toi. »

            Ce dernier prit le morceau de papier qu’on lui tendait. 10,8 de moyenne, avis favorable pour la première littéraire.

« Ouais, je vais sûrement passer en L !

-T’as eu « avis favorable » ? demanda Fabrice. Moi aussi, je pensais même pas avoir « avis réservé », mais je vais peut-être passer en S.

-On sera peut-être dans la même classe, remarqua Sébastien.

-Oui, … »

            Sylvain s’était déjà détourné et se dirigeait vers la cours intérieure, « pour trouver Julie » s’était-il dit.

           

Par chance, il la retrouva, néanmoins, elle était au beau milieu d’un commérage avec Marion et Mathilde :

 

« Moi j’y crois pas trop, dit Mathilde.

-De quoi vous parlez ? demanda Sylvain.

-Du sac que Maxime avait perdu en cours de sport. En fait, les profs d’EPS l’ont retrouvé caché dans un coin des douches et disent que quelqu’un dans la classe avait voulu faire une mauvaise blague.

-Moi je dis que Fabrice l’avait quand même volé, reprit Mathilde, et qu’il l’a remis après pour pas se faire prendre.

-Moi aussi, je croyais que Fabrice l’avait volé, répliqua Marion, et ça aurait très bien pu être lui, mais les profs doivent avoir raison.

-En tout cas, renchérit Julie, c’est sûr qu’il aurait pu le faire, moi je m’en méfie des gens comme ça, on sait jamais de quoi ils sont capables…

-Ouais, rajouta Mathilde, en plus ils ont rien à faire là. A chacun sa place. »

            L’expression des filles traduisait un consensus mêlé de cogitation plus que de méditation.

Dire qu’il sera encore là l’année prochaine… pensait Sylvain.

 

            Durant la pause entre midi et deux heures, dans un couloir, Sylvain tenta de passer à côté du trio de Nicolas, Maxime et Victor, mais il fut intercepté.

 

« Ah, quand on parle du loup… lança Victor.

-Tiens, te voilà Sylvain, dit Nicolas en obstruant le chemin de l’écologiste juste assez pour que celui-ci soit dissuadé de juste passer, des ricanements en bruit de fond. Avec Victor et Maxime, on a trouvé un super moyen pour que tu puisses aller en Allemagne…- il prit une voix doucereuse- pour voir la p’tite Andrea. »

            La mine de Sylvain traduisait un certain agacement, mais il se laissa tenter d’intérêt par l’énigme de ce moyen. Maxime et Victor regardaient quelque chose qu’ils cachaient et qui les faisait beaucoup rire.

« Tu vas y aller en bateau !

-?... Mais comment ?

-Rah… T’as perdu ton talent, tu vas finir par perdre ton titre de champion…

-Mais comment tu veux que j’y aille ? Et avec quel bateau ?

-Allez, montrez lui. »

            Du beau milieu d’une atmosphère de ricanements émergea un simple origami qui ressemblait beaucoup à un chapeau, mais qui était censé représenter un bateau.

            Les rires éclatèrent de plus belle lorsque le trio aperçut l’expression de Sylvain, qui fut d’abord une caricature de quelqu’un à qui l’on fait une mauvaise légère surprise, puis celle d’un individu qui réfléchit, la main sur le menton, la tête baissée et les yeux détournés.

« Ouarf, fit Maxime, tu prends… »

            Sa phrase inachevée laissa place à un éclatement de rire ; lui et Victor étaient pliés, le souffle de temps en temps coupé.

« Tu prends le… Hahahaha ! le bateau… pouffa-t-il.

-Sur le ruisseau à côté de… tenta de compléter Victor.

-Tu prends le bateau sur le ruisseau à côté de chez toi ! acheva Nicolas avant d’être lui aussi plié de rire. 

-Tiens ! ordonna Maxime. Tiens ! »

            Le fou rire était tel qu’il lâcha le bateau en papier au lieu de continuer à le tendre impérieusement. Sylvain ayant horreur des déchets qui traînent, il le ramassa.

« Oh ho ho ! fit Victor en montrant Sylvain du doigt, son regard se jetant tour à tour sur Sylvain et le reste du trio.

-Mouhahahahaha ! »

 

Qu’est-ce qu’ils sont pas soigneux, je dois faire le boulot à leur place…

 

            C’est ainsi que Sylvain s’éclipsa à cause de cet origami, et le trio ne comprit pas ce qui s'était passé. Sylvain passa à côté d’une poubelle, non pas qu’il ne l’avait pas remarqué, mais c’est qu’il s’imposait d’être très économe, et les professeurs qui préconisaient des cours « aérés » lui faisaient horreur.

 

De quoi ils veulent parler en disant que j’écris un pâté ? se redit-il à cet instant.

 

            Plus tard, dans l’après-midi, lors de la récréation, Sylvain se réfugia vers Damien et Franck afin d’éviter les douloureux sarcasmes de Nicolas et de ses deux acolytes.

 

« Ah ouais, en tout cas, c’est pas le genre d’études que je pourrais faire, dit Damien.

-Oui Sylvain, demanda Franck, tu veux quelque chose ?

-Non, enfin… De quoi vous parlez ?

-De mon père qui est ingénieur à EDF, Damien se demandait…

-Bon, fit Damien subitement apeuré, vous irez parler de ça tous les deux, moi j’ai pas envie d’entendre une autre dispute. »

            Sur ce, Damien partit à grands pas, Franck le suivit.

« Attendez ! s’exclama Sylvain à leur poursuite. »

            Franck finit par se résigner au bout d’une dizaine de mètres.

Bon, je vais essayer de pas m’énerver, se dit-il.

 

« Oui, qu’est-ce qu’il y a ?

-C’était pour parler de ton père.

-Oui, il est ingénieur à EDF, pourquoi, t’as décidé de devenir ingénieur ?

-Ingénieur ? Si c’est pour décider si on va produire cette saloperie ou celle là, c’est pas la peine, et encore moins à EDF !

-Tu sais, il y a quand même une certaine liberté, et on peut aussi chercher des procédés et des produits non polluants.

-Ouais, c’est ça, répliqua Sylvain, et McDo c’est comestible, tant que t’y es ?

-Ben oui, même si on peut penser le contraire.

-Il a pas honte ton père ?

-Honte de quoi ? Au contraire, il fait de la recherche dans les énergies renouvelables et rêve d’en découvrir une nouvelle.

-Pfff… De toute façon, on nous ment sur ces énergies renouvelables, et c’est le nucléaire qui va devenir de plus en plus destructeur pour l’environnement et le climat.

-Euh… Juste pour te dire, le nucléaire, ça rejette pas de gaz à effet de serre, tu inventes là.

-Comment ça « ça rejette pas de gaz à effet de serre » ? Et les poissons morts dans les rivières polluées, ça rejette pas du CO2 ?

-Euh… Ouais ben toi aussi quand tu parles, tu rejettes du CO2. »

Sylvain s’arrêta, abasourdi.

« Euh… Oui, c’est vrai, mais ça fait aussi partie des sacrifices à faire si on veut que tout le monde fasse pareil. Parce que j’en vois, des petits princes qui mettent des lumières partout, qui ne mettent pas en veille leurs appareils, qui laissent les voyants allumés alors qu’il y en a pas besoin, oh et puis…

-De toute façon, mon père me l’a dit, les vrais responsables, c'est pas les consommateurs lambda, c'est les industries. C'est de leur faute si on garde les techniques nocives pour l’environnement, genre rejeter du gaz à effet de serre, brûler du pétrole pour en faire du plastique alors qu'on peut utiliser des matériaux de substitution... Et puis, il suffit pas de consommer moins pour qu’on produise moins, EDF va pas ajuster sa production dès que quelqu’un a décidé d’éteindre la lumière au niveau individuel, alors faudrait arrêter de culpabiliser les gens qui vivent dans des bonnes conditions en laissant les politiciens gesticuler sans rien faire, notre part dans le problème est infime. Et quand j'y pense, c'est EDF qui produit et qui demande aux gens d'économiser, tout ça pour quoi ? Pour baisser la production ! C'est à se demander si c'est pas pour rejeter la faute sur les autres...

-Pffff… Je croyais que t'avais compris, mais en fait pas du tout.

-Bon, c’est vrai, maintenant il y a quand même des efforts de faits, au moins une volonté de faire des efforts, mais c’est pas gagné. »

            Fabrice passait par là et essayait de comprendre ce qui se passait.

« C’est sûr qu’avec des criminels comme toi et ton père, on va tous crever ! Il va encore nous pondre un produit chimique en nous faisant croire que c’est propre… Je retire ce que j’ai dit tout à l’heure : il faut carrément vivre sans électricité. Comme si on avait besoin d’ampoules alors qu’on a les bougies…

-Parce que tu vis à la bougie ? demanda un Fabrice hors de lui.

-Oui, et j’en suis fier ! Je suis en avance sur mon temps, car l’avenir, c’est pas le laser,

c’est la bougie, et ça les fidèles à la Nature l’ont bien compris !

-En avance sur ton temps ? On dirait plutôt Rambo le préhisto !

-Et en plus, si on veut pinailler comme l’autre fois, remarqua Franck, la ficelle de la bougie ça laisse du CO2 en brûlant, tu parles d’une méthode écologique…

-Tu l’as dit bouffi ! renchérit Fabrice, retrouvant un certain calme.

-Mais enfin, c’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu !

-Ouais, rétorqua Fabrice, et ben vive l’humanité entière en sous-développement, comme ça, plus d’inégalités ! Super…

-Mouais, rajouta Franck, en tout cas, peut-être que mon père a des cartes entre ses mains, mais nous, on n’est pas vraiment des joueurs, on est plus des observateurs.

-Oui, et il y en a qui veulent jouer mais qui ne peuvent pas, comme moi, continua Fabrice.

-Ouais, et le pire, c’est qu’il y en a qui croient jouer alors qu’en fait…

-Alors qu’en fait ce sont des pions, comme toi Sylvain. »

 

Un très lourd silence rendait la situation encore plus écrasante pour Sylvain. Fabrice le dévisageait d’un regard défiant droit dans les yeux, jetant un index contre-accusateur tel une flèche renvoyée par un bouclier-miroir, très sûr de lui dans son attaque contre la personne de Sylvain. Cette attaque avait réussi car il avait frappé sans le savoir sur le talon d’Achille ; son nom : « Gérard ».

 

« Si ça se trouve, reprit Fabrice, tu seras mort avant nous vu que tu prends pas de médicaments, et nous on se sera sortis de ce problème sans avoir eu besoin des types comme toi. Ce qu'on a besoin, c’est des bons scientifiques à qui on laisse vendre leurs produits écologiques à bas prix, et je crois que s’il y a un héros par ici, c’est le père de Franck.

-Oh, arrête… fit Franck par modestie volontaire. Beaucoup de gens auraient fait pareil s’ils avaient pu, c’est pas un héros…

-Mouais, t’as raison. En tout cas, Sylvain…

-Quoi ? répondit-il. »

 

            Trop tard, ils étaient déjà partis. Jamais de la semaine Sylvain ne se sentit autant délaissé, jamais une dispute ne l’avait autant blessé, et jamais la cogitation fut aussi intense, aussi rapide, aussi confuse qu’elle ne l’était cette fois-ci, toutes les parties internes se battant dans une lutte intestine de tous contre tous reflétant les conflits extérieurs, les contradictions mises à la lumière du jour, les doutes refoulés hautement exprimés, les édifices de ses convictions violemment secoués par un puissant coup de marteau fort bien ajusté.

 

            L’esprit peu apaisé à dix huit heures à cause de sa haine pour le cours de Physique-chimie, Sylvain s’échappa de cette espèce de prison avec sa propagande dans les cours et ses policiers dans la cour, le pas pressé et irrité. Il se résigna à s’arrêter devant un groupe bloquant l’issue.

 

« Eh, Sylvain ! s’écria joyeusement une fille à la voix familière. »

            C’était Mélanie, dans les bras de Laurent, secouant la main à son adresse.

Qu’est-ce qu’elle me veut ? Non ! C’est sûrement lui qui a monté tout ça, il en est bien capable, ce fumier! Je réglerai tout ça plus tard, j’ai pas le temps.

 

            Et en voyant un Sylvain très perturbé, la démarche semi lourde semi rapide, les poings et dents serrés, le regard pas net, Franck et Fabrice eurent mauvaise mine aux côtés de Sébastien et Bertrand. Ce dernier déclara :

« Euh… Vous y êtes pas allé un peu fort ?

-Peut-être… répondit Franck.

-On aurait peut-être pas dû… rajouta Fabrice. D’un côté, c’est lui qui a commencé.

-Moui, et lui dirait que c’est Franck, commenta Bertrand. C’est jamais facile de savoir qui a commencé le conflit.

-Je dirais quand même que c’est lui, dit Sébastien.

-… »

 

Quelque soit celui qui avait fait la première erreur, Sylvain fut tellement dégoûté que ce jour ci, il renonça à lire le livre.

 

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Published by Bête spatio-temporelle - dans Les écolos rigolos (feuilleton)
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