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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 11:03
Richard Monvoisin est un homme qui cherche à développer l'esprit critique au sein de la société.
Il a écrit une thèse sur comment s'y prendre pour enseigner l'esprit critique. La thèse s'appelle "Pour une didactique de l'esprit critique", a été soutenue en 2007 et obtenue par la suite.

A télécharger ici :


L'article que j'écris ici est un commentaire de texte : il s'adresse aux gens qui ont déjà lu le texte.
Si vous lisez mon article sans avoir lu la thèse, vous risquez de ne pas comprendre... voire comprendre de travers.

I Commentaire global
II Commentaire sur des points précis

I Commentaire global

C'est un texte militant. Entendre par là qu'il a été écrit pour "améliorer les choses".

Richard Monvoisin prétend implicitement s'y connaitre en esprit critique, et ce qu'il a écrit dans ce texte est à la hauteur de cette prétention.

Au départ, le problème est posé, on se met d'accord sur ce dont quoi on parle : la science, la pseudo-science, les interstices pseudo-scientifiques.

La majeure partie texte consiste à nommer les erreurs de pensée véhiculées par les médias de vulgarisation scientifique, bien que ces erreurs se retrouvent dans d'autres types de médias, en particulier ce qu'il convient d'appeler "les médias officiels". Effet cerceau, effet paillasson, effet bipède, chaque erreur est illustrée par des exemples authentiques.

Le texte se termine sur une liste de fiches pédagogiques pour tous ceux qui voudraient enseigner l'esprit critique. Ca pourrait être vous...

Je pense qu'il faut d'abord saluer le choix du sujet de cette thèse. Aujourd'hui, on peut devenir docteur en bossant sur le cristal X, ou encore sur la protéine Y à la con, non pas le diamant ou l'ADN, mais des trucs aussi dénués d'intérêt que l'étude de la mécanique du saut au trampoline. On peut devenir docteur en faisant une minuscule découverte.

Richard Monvoisin a réalisé qu'il y avait un sérieux manque de gens dans le domaine de l'esprit critique ; le connaitre mieux, le développer, l'enseigner... Richard Monvoisin a décidé de prendre le problème en main et d'en faire son métier.

J'applaudis.

II Commentaire sur des points précis

1- Définitions du mot "science"
2- La métaphore des mots croisés de Susan Haack
3- La présentation des nouveaux concepts
4- Conformisme
5- La raison vue comme une pragmatique
6- La langue
7- Bibliographie
8- A quoi pensent-ils ?
9- La conclusion de la thèse

1- Définitions du mot "science"

Avec une thèse où on utilise sans cesse le mot "science" et ceux de sa famille, il fallait bien se mettre d'accord sur ce que ceci veut dire :

Le mot « science » peut désigner :
- sens 1 : une démarche intellectuelle contraignante visant une compréhension rationnelle du monde naturel et social
- sens 2 : un corpus de savoirs substantiels communément acceptés, évalués comme objectifs et considérés à un moment donné
- sens 3 : les sciences appliquées et la technologie, avec ce point important qui est la genèse sociopolitique des axes de recherche, des développements technologiques et des flux financiers
- sens 4 : la communauté scientifique avec ses moeurs, ses rites et ses luttes de pouvoir (la sociologie interne du champ scientifique)
Nous ajoutons à ces quatre significations la suivante, miroir déformant de la dernière :
- sens 5 : la communauté scientifique avec ses moeurs, ses rites et ses luttes de pouvoir, mais perçue de l’extérieure (sorte de sociologie de la représentation sociale de la communauté scientifique de l’oeil de l’individu lambda).1

Quand on dit "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme." ou encore "La science est un moyen, elle peut le pire comme le meilleur.", on utilise le sens 3.

Parmi les 5 sens usuels du mot "science", celui qui désigne la chose la plus idéale est le sens 1. D'autres noms existent pour nommer cet idéal : la raison, l'esprit critique, la logique, le bon sens. Chacun a ses nuances.

Par définition, l'esprit scientifique (au sens 1), c'est la méthode qui marche à tous les coups.

Par exemple, imaginons que vous vouliez acheter du saucisson. Vous cherchez à acheter le moins cher... Une fois dans le magasin, dans le rayon saucisson, la méthode qui marche à tous les coups, c'est de regarder tous les saucissons un par un, de regarder leurs prix, et de prendre le plus bas.
Sauf s'il y a des saucissons moins chers dans un autre rayon. Mais c'est peu probable.
Sauf si ce que vous prenez pour le saucisson le moins cher est en fait un tube de néon déguisé en saucisson. Mais c'est extrêmement peu probable.
Sauf si...

Personnellement, je ne comprends pas trop pourquoi Richard Monvoisin a ajouté le sens 5. L'objet désigné est le même que celui du sens 4. Ce qui change, c'est la façon dont on voit cette chose. Mes professeurs à la fac, des chercheurs, ne voient pas la "communauté scientifique" de la même façon que les écologistes anti-technique2...

2- La métaphore des mots croisés de Susan Haack

Il y a une métaphore de Susan Haack, que Richard Monvoisin reproduit, qui rend bien compte d'aspects très divers de la science, que ce soit la science qui suit la mode, les révolutions scientifiques, les luttes de pouvoirs, ou son caractère international :

« Représentez-vous un scientifique comme quelqu’un qui travaille sur sa section dans uneénorme grille de mots croisés : s’appuyant sur l’information dont il dispose, il devine laréponse, vérifiant encore et encore si celle-ci concorde avec l’indice et les entrées déjà complétées qui la croisent et si ces dernières concordent aussi avec leurs indices de même que les autres entrées, soupesant la probabilité que certaines de celles-ci soient erronées, puis essayant de nouvelles entrées à la lumière de celle-là, et ainsi de suite. La grille est en grande partie vide, mais beaucoup d’entrées sont déjà complétées, certaines à l’encre quasi indélébile, d’autres à l’encre ordinaire, d’autres encore au crayon plus ou moins appuyé, au point parfois de s’effacer. Certaines sont en anglais, d’autres en swahili, en flamand, en espéranto, etc., etc. Dans certaines sections, plusieurs longues entrées ont été écrites à 46 l’encre d’une main ferme ; ailleurs, il y en a peu ou pas. Certaines entrées ont été complétées des centaines d’années auparavant par des scientifiques morts depuis longtemps, d’autres la semaine dernière. À certaines époques, en certains lieux, sous peine de renvoi ou pire encore, seuls les mots du novlangue peuvent être utilisés ; ailleurs, des pressions s’exercent pour que telles entrées soient remplies d’une certaine façon à l’exclusion d’une autre, ou pour qu’on se penche sur une section complètement vide plutôt que de travailler sur une partie plus facile et déjà partiellement remplie — ou pour qu’on ne travaille pas du tout sur certaines sections. Des équipes rivales se querellent au sujet de certaines entrées, les repassant au crayon ou même à l’encre puis gommant tout, peut-être dans une douzaine de langues et dans un délai déterminé. D’autres équipes coopèrent en vue de mettre au point une procédure pour débiter toutes les anagrammes d’un indice long comme un chapitre ou un appareil capable d’agrandir un indice si minuscule qu’il en est illisible, ou elles veulent lancer un appel aux équipes travaillant sur d’autres parties de la grille afin de voir si elles n’auraient pas quelque chose qui puisse être adapté ou pour demander si elles sont bien sûres qu’il faut mettre un « s » ici. Quelqu’un prétend avoir remarqué un détail dans tel ou tel indice que personne n’a jamais vu ; d’autres conçoivent des tests pour vérifier si celui-ci est un observateur particulièrement talentueux ou s’il imagine des choses ; d’autres encore travaillent pour mettre au point des instruments afin d’y voir de plus près. De temps en temps, des accusations sont portées au sujet d’indices qu’on aurait altérés ou de cases qu’on aurait noircies. Parfois, on entend ceux qui travaillent sur une partie de la grille se plaindre que leur point de vue sur ce qui se fait ailleurs n’est pas pris en compte. Ici et là, une longue entrée, qui en croise de nombreuses autres, est effacée par un groupe de jeunes Turcs qui affirment avec insistance que cette partie de la grille doit être refaite, et en turc cette fois, naturellement ; d’autres encore tentent, lettre à lettre, de voir si le gallois original ne pourrait pas être préservé… Je ne cherche pas ici à vous refiler une métaphore en guise d’argument. Mais je cherche à suggérer, par cette histoire de mots croisés, que la quête scientifique est plus brouillonne, moins méthodique que les vieux déférencialistes ne l’imaginent, et pourtant davantage contrainte par les éléments de preuve que ne le pensent les nouveaux cyniques. (…)» 3

3- La présentation des nouveaux concepts

Dans sa thèse, Richard Monvoisin a une façon assez particulière de présenter les concepts scientifiques qu'il a découverts : il les assène presque par dizaines, avec des exemples et un nom nouveau pour chaque concept.
C'est très affirmatif.

"Mais est-ce que c'est vrai ?", "Est-ce que ça correspond à quelque chose de réel ?", Richard répond à ces interrogations en donnant des exemples pertinents, il montre que le truc en question existe bel et bien.

Je me suis inspiré de cette façon de faire de la recherche. Je me vois très mal lire 2 articles incompréhensibles par semaine, écumer le web pour voir si quelqu'un a pas découvert le truc avant, non, moi je veux faire de la recherche, je fonce !

Richard Monvoisin a pris l'habitude d'associer à ses nouveaux concepts scientifiques des images percutantes.

Le nom d'"effet paillasson" est associé au souvenir de beaucoup d'entre-nous, d'un paillasson sur lequel il est écrit "Essuyez vos pieds". Alors qu'en vrai on essuie ses chaussures... Si on essuyait ses pieds... ça gratterait, et ça ferait presque mal !

Le nom d'"effet bipède" est associé à l'idée ridicule4 selon laquelle l'existence des pantalons prouve que Dieu a voulu que nous soyons des bipèdes.

Si on devait appeler "effet Monvoisin" tous les phénomènes que Richard Monvoisin a scientifiquement décrits, on serait pas sortis de l'auberge.

4- Conformisme

Quand on veut que les gens pensent de façon rationnelle, on se heurte très vite au problème du conformisme. Essayez de convaincre un chrétien évangélique, dont les parents sont évangéliques, dont les amis sont évangéliques, que le récit de la Genèse n'est qu'une fiction, son moutonisme vous donnera bien du mal.

Le problème du conformisme est énorme. Richard Monvoisin le sait, mais on dirait qu'il a voulu éviter le sujet.

Il en parle quand même un minimum :

4.3.2.17 Principe de la preuve sociale, effet Panurge ou argumentum ad populum
Le principe de la preuve sociale désigne cette tendance à croire que si la plupart des gens croient en quelque chose ou agissent d’une certaine manière, mieux vaut se conformer à cela en vertu de l’idée qu’autant de gens ne peuvent tous se tromper (Lee-Haley 1997).5

Un peu plus loin, on peut lire un extrait de la source de l'expression "mouton de Panurge" :

Dans le cadre de notre didactique zététique, nous employons le terme d’effet Panurge, en souvenir du personnage de François Rabelais, compagnon de Pantagruel pendant leur voyage au « Pays des222 Lanternes » (Quart Livre, ch. VIII) :
« Malfaisant, pipeur, buveur, Panurge sait et entend tout faire, notamment des farces ; par exemple il fait plonger les moutons de Dindonneau dans la mer en y jetant le premier, que les autres suivent bêtement. »

Dans tous les phénomènes de société humaine, le conformisme est un facteur énorme.

Je peux comprendre pourquoi Richard Monvoisin ne s'y est pas plongé dans sa thèse : il faut du cran pour dire que les gens sont conformistes.

Lui comme moi sommes complètement opposés au conformisme, nous voulons que les gens pensent par eux-mêmes plutôt que de se mettre dans le moule. A commencer par ceux qu'on côtoit !

Dans la recherche en esprit critique, la problématique du conformisme ne peut pas être évitée.

Pourquoi certains sont-ils plus influençables que d'autres ?
Pourquoi certaines normes nouvelles arrivent-elles à s'imposer et d'autres non ?
Y a-t-il des prédispositions génétiques à devenir influencé ?
Peut-il y avoir un médicament contre le conformisme ? Si oui, est-ce souhaitable ?

Les trois dernières questions touchent à des sujets un peu chauds (la génétique et les psychotropes), mais il n'est pas inutile de les poser, au contraire, je pense que ce sont d'intéressants sujets de recherche et de réflexion.

5- La raison vue comme une pragmatique

Y a une idée qu'on ressent par moments dans cette thèse : la raison est une pragmatique.

1.3.2 Tout ce qui est réel est matière (quel que soit son degré d’organisation)
« Le matérialisme est (…) une doctrine ontologique stipulant que les entités existantes, constitutives du monde, sont matérielles, ou, autrement dit, qu’il n’existe pas d’entités immatérielles en tant que constituants ». (Dubessy & al., ouv.cité, introduction)55
Dans l’absolu, il s’agit d’un axiome, c'est-à-dire qu’elle est non prouvable en soi. Mais c’est un axiome de pragmatisme, au sens où, comme le précise Dubessy & al.,
« Aucune expérience digne de ce nom n’a jamais montré l’existence de telles entités immatérielles et aucune théorie ne semble pouvoir en rendre compte de façon intéressante en terme de cohérence, de parcimonie, ou de protocoles expérimentaux (…) ».6

A ma connaissance, la personne qui est allée le plus loin dans cette idée (la raison est une pragmatique) est Henry Poincaré.

Ca s'appelle le conventionnalisme : c'est une théorie philosophique qui consiste à penser que les conventions fondamentales doivent être choisies en fonction de leurs conséquences.

Si par exemple on part de l'idée que tout n'est que compétition, on va voir le mal partout, et on va se dire qu'il faut être encore plus pourri que les autres et les écraser pour s'en sortir. Résultats de cette conception : la guerre, la paranoïa, l'exploitation de l'homme par l'homme, la pauvreté, des morts.
Si par exemple on part de l'idée qu'il faut être gentil, là ça se passe beaucoup mieux ! On se dit des compliments, on aide ceux qui sont dans le besoin, on fait des efforts pour sauver les gens en danger...

Je connais un peu la pensée de Poincaré sur le sujet, et à mon avis, il va un peu trop loin. Il est possible qu'il soit allé trop loin dans son truc, et que du coup il ait dit des choses comme "Il n'est pas vrai que la Terre tourne.", résultat personne l'a écouté et personne n'a vraiment compris le truc.

Le conventionnalisme, c'est pas si débile que ça...

6- La langue

Cette thèse n'est pas un roman : il y a pas mal de fautes d'orthographe ou de grammaire.

Remarquons tout de même qu'il y en a relativement peu, que le texte est ponctué (ouf !) et que la richesse du vocabulaire déployé est impressionnante. Certains mots ne se trouvent pas dans un petit Larousse.

Richard Monvoisin a utilisé "nous" au lieu de "je" un peu comme un Gollum qui parle à lui-même.

...
...

C'est la tradition universitaire qui veut ça -_- .

Richard Monvoisin la critique un peu à la fin de son texte :

(La coutume voulant qu’un nous pudique soit de rigueur dans ce genre de travail, je me suis plié à l’employer durant tout ce travail : coquetterie faussement modeste que l’on donne à son écrit, ce nous est finalement apparu comme très pratique puisqu’il a « mouillé » mes directeurs dans chacune de mes phrases, diluant d’autant ma propre responsabilité. Pour cette conclusion, qu’il me soit permis de ne pas les impliquer. J’en profite pour relativiser cette pratique de grammaire qui, coutumière et traditionnelle, mérite d’être passée au tamis des arguments d’historicité, voir 4.3.3).7

7- Bibliographie

La bibliographie est impressionnante. On dépasse largement les 100 sources.

Je me pose une question : Est-ce que c'est possible ?

Est-ce que c'est possible de lire autant de livres, de voir autant de films, de lire autant d'articles, non pas en surface mais pour de vrai, c'est-à-dire en entier ?

Moi-même je n'ai pas lu cette thèse en entier, il y a un passage que j'ai sauté, peut-être d'autres. Je dis que j'ai lu cette thèse, alors que je l'ai lue presque en entier...

D'où les questions que je me pose :

Les universitaires lisent-ils vraiment la multitude de livres qu'ils mettent dans leur bibliographie ?
Si oui, comment ils font pour lire autant ?
Est-ce que c'est lu vite et mal ?

8- A quoi pensent-ils ?

Vers la fin de la thèse est évoqué un travail que je juge très intéressant : "A quoi pensent ceux qui sont irrationnels ?".

A noter que j'ai moi-même été irrationnel, y-compris à des degrés très élevés, ce qui est regrettable, mais, rétrospectivement, me permet de mieux savoir ce qui se passe "dans la tête" d'une personne dont la pensée est confuse, ou illogique.

Chercher à savoir comment on pense, quand on n'est pas rationnel, permet non seulement de repérer ce qui irrationnel, mais surtout, de savoir quel chemin il faut prendre, avec une autre personne qui manque de raison, pour la (re)mettre dans une pensée en phase avec la réalité.

Je cite ici le texte dans lequel est évoqué ce travail de psychologie :

Il me semble improbable de sortir du dialogue de sourds si, en voulant critiquer les postures Nouvel Âge écologisantes, nous faisions l’économie de l’analyse des pensées politiques écologiques, du combat (peut être discutable) mené par ces gens, et des formes mythologiques qui les nourrissent. Même dans les cas de dérive grave, comme dans le cas de l’Ordre du Temple Solaire ou dans l’affaire Kerywann en kinésiologie, je pense qu’il faut dépasser le stade primaire qu’est la révolte pour aller fouiller les moteurs internes de ces bulles intellectuelles empoisonnées (extrême-droite et templiérisme dans le premier cas, contestation du système de santé et causalité prétendue directe et réversible entre les souffrances affectives et les pathologies282. En bref, il faudrait ne plus rester au seuil des biais et des Ips, mais descendre vers leurs fondements, travailler le « terrain ». Cette tâche est difficile et recquière des lectures analytiques pluridisciplinaires. Elle est survolée par touches dans ce travail, et nécessiterait de bien plus amples développements, notamment pour saisir les raisons des succès de certaines dérives de type sectaire.8

9- La conclusion de la thèse

Lisez attentivement la façon dont Richard Monvoisin finit sa thèse :

Puisse cette contribution et les publications techniques à paraître donner l’envie aux enseignants de tenter des séquences spécifiques zététiques, de les tester, de les remanier. Il est possible de faire de l’esprit critique une denrée comme le secourisme : une vigilance qui ne se déclenche que dans les cas graves, et qui donne de bons reflexes pour pointer les manufactures du consentement auxquelles notre société tend lentement à nous habituer. Le reste du temps, il nous restera le rêve, le vrai, ce sentiment d’éternité lorsque avec Rimbaud et trente ou quarante chopes l’on « pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin, avec l'assentiment des grands héliotropes ». Ce sentiment ne nécessite aucune analyse, aucune recherche de faits ni de preuves, mais se déguste loin des servitudes. En cela, il est politique.

La première fois que je l'ai lue, je n'avais pas spécialement compris, cela ne m'avait pas touché.
Je l'ai relue en 2013, et j'ai saisi son sens.

Le rêve, le "vrai", non pas les pensées décalées qu'on peut avoir la nuit9, est un puissant moteur vers le positif.

J'ai pu le constater avec mes interventions politiques, à l'oral : Tous les discours idéalistes que j'ai faits ont fait un carton.

Et puis les gens s'en souviennent... Même que c'est un peu à cause de ça que j'ai été une star à la fac de lettres de Clermont-Ferrand, pendant un temps.

Susciter l'espoir, le "Ce serait trop bien, si...", est très bon pour 3 raisons :

- ça fait toujours plaisir ;
- ça bloque la peur, qui elle est très négative ;
- ça donne envie d'améliorer les choses !

Jamais des Gandhi ou des Martin Luther King n'auraient été prêts à risquer leur vie s'ils n'étaient pas animés par un idéal, quelque chose de tellement bon qu'on est prêt à tout pour l'atteindre.

Lorsque j'ai relu cette conclusion, cette fois-ci, j'ai pleuré.

J'ai dû sous-estimer la qualité du titre de ce blog...

Le rêve, il donne la force pour se battre. Contre les connards.

Des connards qui peuvent se faire les gardiens de l'injustice, du mensonge et de l'égoïsme.

C'est ici qu'on finit, d'une façon ou d'une autre, à faire de la politique, car les dirigeants, ils s'opposent à la construction d'une société de rêve.

Refaire le monde entre-nous, s'amuser, discuter, (se droguer...), vivre le rêve tout en unissant nos forces dans la joie et la bonne humeur, en effet, c'est une excellente préparation aux combats de trouble-fête qui finiront bien par arriver.

Notes :

1 : p 35
2 : Rendons un peu de justice aux écologistes : en France, mis à part les extrémistes du journal La décroissance, la plupart des écolos ne sont pas anti-technique. Même parmi les décroissants, on trouve beaucoup de gens qui bricolent, s'intéressent aux différentes techniques agricoles...
3 : p 45
4 : Y en a qui la tiennent ?
5 : p 221
6 : p 49
7 : p 319
8 : p 321
9 : Quand j'ai écouté le discours (sous-titré en français) de Martin Luther King "I have a dream", je pensais que par "dream", "rêve", il parlait des rêves qu'on avait la nuit. Ce qui était étrange : Si Martin Luther King est réveillé, il n'est pas en train de rêver, donc il n'a pas à dire qu'il est en train de faire un rêve. En fait, Martin Luther King voulait parler de quelque chose qu'il imagine, et qui serait bien, à savoir, la fin de la discrimination envers les noirs.

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Published by Bête spatio-temporelle - dans Philosophie
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