Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 12:20

Je pars du constat que trop de gens autour de moi ne comprennent pas la nécessité de se mobiliser dans le mouvement de grèves, de manifestations et d'assemblées générales pour faire cesser les régressions sociales et réanimer la gauche.

Ce matin, j'ai testé la stratégie de la mobilisation éclair, avec un mouvement qui part spontanément et se grossit et se construit à une allure fulgurante. Les autres n'ont pas voulu l'adopter, du coup j'ai mis ça de côté, pas la peine d'aller se ridiculiser tout seul à gueuler devant des sourds...

Donc voilà, je me suis dit que si les autres ne veulent pas faire l'effort, et ben ce serait à moi de le faire. Je me suis dit que s'ils avaient conscience de ce qui nous tombe sur la gueule, excusez moi l'expression, et ben ils comprendraient l'ultime nécessité de se mobiliser contre l'état des choses et pour aller de l'avant.

Voici donc la liste, cette fois ci plus précise, des différentes réformes nocives faites par la droite depuis l'élection de Sarkozy, les plus anciens sauront mieux que moi expliquer les reculs sociaux des années précédentes, je les laisse faire ce qu'ils ont à faire.

Cette liste n'est pas issue d'une lecture assidue des textes de loi tels qu'ils ont été adoptés, mais d'un raisonnement approximatif quoique performant sur la politique de la droite en France depuis les dernières années.

-La loi dite du "service minimum", qui touche le secteur du rail et de l'éducation, est une loi anti-grève dont le but est de rendre les formalités d'établissement de la grève plus difficiles. Ce n'est pas un hasard si cette loi touche les cheminots et les profs, c'est parce que ce sont des secteurs très mobilisés, du moins, c'était le cas avant, on entend moins parler des cheminots désormais...
-La LRU, aussi appelée "loi Pécresse", est une loi dont le but est de privatiser les universités et de les mettre au services des dirigeants d'entreprise locaux. C'est une loi fondamentale, sur laquelle a été construite celle de la masterisation des concours de l'enseignement. Il y avait l'idée de se rapprocher du modèle américain : une multitude d'universités avec peu de moyens et dont les diplômes sont pas reconnus même si l'inscription coûte dans les 4 000 $ à l'année (et non, ce n'est pas gratuit...), alors qu'à côté de ça, il y a quelques universités d'élite réservées aux enfants de riches comme Yale ou Harvard, et là les frais d'inscription c'est plutôt 50 000 $ à l'année... L'optique de la LRU, c'est aussi faire du savoir une marchandise et de transformer la fac en entreprise en mettant les universités en concurrence entre elles par exemple...
-Des suppressions de postes massives, dans la recherche, dans l'enseignement, dans la santé, dans toute la fonction publique. Le gouvernement a comme objectif, sur le long terme, de diviser par 2 le nombre de salariés de l'Etat. Et c'est très ennuyeux...
-Une violence à la hausse de la part de la police et des vigiles, certaines morts jaillissant à la surface dans des grands media nationaux, avec de piètres défenses de la part des tueurs... Je pense à ce jeune voleur qui a été frappé par des vigiles dans un magasin, que l'on a retrouvé mort, et que les vigiles ont dit que c'était de la faute du voleur, qu'il était pas en très bonne santé... Certes, des vigiles, ce ne sont pas des policiers, toutefois, un climat de violence s'installe progressivement dans ces sphères là.
-Un racisme qui cherche ses prétextes dans les formalités administratives pour défoncer des portes de maison, tendre des pièges vicieux et traquer, emprisonner, expulser des gens qu'on trouve un peu trop noirs, un peu trop beurs, pour avoir le droit de vivre ici. Sans compter tout ce qui se passe en ce moment avec les Roms...
-Des travailleurs licenciés par milliers sous prétexte de la crise économique, dont les media nationaux nous parlent très peu, mais forcément, le gouvernement fait pression pour que la presse et la télé nous cachent l'essentiel, c'est pas nouveau, c'est juste que là ça ressemble de plus en plus à de la dictature à la Berlusconi...
-A côté de ça, depuis que Sarkozy est élu, la droite n'a jamais su autant exploiter les faiblesses de ses adversaires. Les trahisons des dirigeants syndicaux, elle les a institué. Elle appelle ça : "le dialogue social". C'est ainsi que l'on a pu voir les mots d'ordre des directions syndicales à la baisse, et que Bernard Thibault a carrément dit qu'il était contre la grève générale, ce qui lui a coûté de se faire traiter de "racaille" par un responsable syndical de la CGT de Continental en 2009, et oui, quand on fait de la merde, des insultes comme ça, on les a pas volées...
-Plus que jamais, la droite au pouvoir dans la Vème République se sert de la division : diviser pour régner, on ne change pas les vieilles méthodes malicieuses qui ont fait leurs preuves. C'est ainsi que les réformes se sont faites secteur par secteur, et le pire c'est que ça a marché ! Chacun se mettait à tirer la couverture vers lui, la convergence des luttes ne se faisait pas, mais c'est en train de changer, les gens commencent à comprendre qu'il y a un projet global et qu'il faut s'unir pour le défaire.
-La France fait la guerre. En même temps c'est pas nouveau, mais aller en rajouter une couche en envoyant des gens se faire tuer en Afghanistan dans un pays dans lequel la situation est dramatique et où il est extrêmement dur d'améliorer les choses, non franchement, c'est irresponsable.
-Ils veulent tout privatiser : la poste, la SNCF, l'école publique, les hôpitaux... Le problème, c'est que toutes ces choses là sont des services essentiels qui devraient être accessibles à tous, ce qu'on appelle "des services publics". Mais le but d'une entreprise privée, ce n'est pas de rendre un service aux gens, mais d'enrichir le patron qui la possède : cela entraîne des hausses de prix, une exploitation accrue du personnel, des horaires de travail plus difficiles, des baisses de salaires aussi, ceci va dans le sens des capitalistes...

La liste est longue, et je n'en ai fait ici qu'une infime partie. Essayons donc d'en voir les conséquences.

Karine a 19 ans, elle a un bac ES et elle fait des études de sociologie, pour travailler dans l'animation. Elle est en 2ème année à l'Université de Grenoble, malheureusement, elle n'a pas assez d'argent pour financer ses études : son loyer dans un appartement privé coûte 500 € par mois, la restauration coûte dans les 5, 6 ou 7 euros selon les différents établissements privés qui vivent d'une clientèle étudiante, contrairement à d'autres élèves de sa classe, elle refuse à faire les poubelles pour voir ce qu'on peut y trouver, pour dépanner. Elle a 15 heures de cours par semaine, les cours magistraux sont inbuvables, l'organisation du cursus est très mal faite, on ne sait pas comment vont se dérouler les examens, les annales sont introuvables, en tout cas, personne n'a l'air de savoir où elles sont, si il y en a, les révisions s'annoncent difficiles, tout le monde est dans le flou.
Pour financer ses études, elle ne demande pas d'argent à ses parents, ils sont endettés et elle a peur de les blesser en leur demandant un versement mensuel, non, elle veut être autonome, gagner sa vie toute seule, elle cumule les petits boulots, caissière de supermarché, pendant 2 semaines, hôtesse d'accueil à l'endroit où elle vit, pendant 2 mois, garde d'enfants, juste pour un week-end, puis encore un autre finalement, tout ça pour des salaires de misère et parfois au détriment des cours qu'elle est sensée suivre. L'argent part vite, elle a acheté une voiture dans l'été à 4 000 euros, n'ayant pas l'argent, elle a fait un emprunt au CROUS, qui ne sert guère qu'à ça, les bourses n'existent plus, et on considère que c'est aux étudiants de payer les constructions de nouveaux logements, du coup Karine est endettée.
Ses parents aussi car ils travaillent tous les deux à temps partiel : ils ont déjà cherché des emplois stables et confortables, ils n'en ont pas trouvé, de plus, ils galèrent pour faire garder Kévin, le petit frère de Karine, qui a 7 ans. Sa grande soeur Eva, qui a 12 ans, l'a déjà gardé pendant les vacances, mais aussi pendant les cours, qu'elle ne voulait surtout pas louper, par peur de se retrouver sans diplôme reconnu dans une situation de pauvreté et de mépris de la part des supérieurs hiérarchiques, du coup, elle en a eu marre, elle s'est disputée avec ses parents pour dire qu'elle ne pouvait plus garder son petit frère parce qu'elle voulait aller en cours. Eva s'est mise à bosser âprement : elle est plutôt bonne élève, mais ils sont 47 dans sa classe de 5ème, certains sont très bruyants, c'est souvent le bordel en cours, les profs sont débordés et passent leur temps à faire la police. La prof de maths est en arrêt maladie, elle a craqué, elle déprime, la remplaçante est une novice qui ne sait même pas comment écrire le mot "multiplication". Les garçons passent leur temps à mater son cul et elle se rend compte de rien. Il y a du bruit dans la salle, personne ne l'écoute, et elle continue à parler comme si de rien n'était. Même Eva a du mal à ne pas se laisser perturber. Les parents d'Eva, toujours en recherche d'un emploi stable, ont laissé tombé Pôle emploi et profitent de leur temps libre pour s'occuper de Kévin. Malheureusement, deux parents et deux enfants, ça coûte cher, surtout quand on a des emplois à temps partiels et où on gagne que 1 000 euros par mois pour un couple... Tellement cher que les parents de Karine, d'Eva et de Kévin se sont mis à emprunter de l'argent à la banque. N'arrivant pas à rembourser, craignant avec effroi la venue des huissiers de justice, ils ont fait un nouvel emprunt, passant de l'endettement au surendettement. Mais ce ne sont pas les seules dépenses qui les préoccupent.
Car parmi les grands-parents de Karine, d'Eva et de Kévin, l'un d'entre eux a été licencié, à 55 ans, et ne touche qu'une retraite de 200 euros par mois, ce qui n'est pas assez pour payer son loyer. Il a donc appelé en urgence sa fille Juliette, la mère des trois enfants, pour venir squatter chez elle, et avoir de quoi vivre, ensemble, en famille.
Juliette et son mari, Bruno, ont accepté, mais ceci alourdit encore la dette qu'ils portent. La banque considérant qu'on ne prête qu'aux riches, elle fait entendre sa réticence à renouveler un nouvel emprunt pour rembourser le précédent.
Quant à Marie, la grand-mère paternelle de Karine, Eva et Juliette, elle vit seule dans un appartement loin d'ici. On a pas eu de nouvelles d'elle, tout ce qu'on sait, c'est qu'elle devait voir le médecin généraliste pour qu'elle prenne rendez-vous avec un spécialiste de l'audition, car elle entend très mal, et cela lui donne beaucoup de difficultés à communiquer avec son entourage. On n'a pas eu de nouvelles depuis.

Pendant ce temps, Rachid rôde dans la rue. Il est à la recherche de tout ce qui peut se vendre : sacs à main de luxe, baskets Ferrari, chaussures Nike couleur or. Les poubelles réservent parfois de bonnes surprises : la semaine dernière, il était tombé sur une chaîne hi-fi... On sait pas trop si elle marche, mais quand on veut vendre on veut vendre.
Rachid n'a pas de travail. Il aimerait bien en avoir, seulement voilà, on le rejette avant même de l'embaucher, parce qu'on lui dit que Rachid n'a pas de papiers, et que si le restaurant venait à être contrôlé par la police, le directeur risquerait d'avoir des ennuis. Pas de papiers, pas de boulot. Il aimerait bien offrir de l'argent à sa famille en Afrique pour qu'elle puisse vivre, mais il ne gagne que 300 euros par mois, couci couça, ça varie, et il n'a toujours pas réussi à surmonter les difficultés administratives pour créer un compte bancaire ici, en France, du coup, il vit dans un squat délabré, avec d'autres squatteurs avec qui il est devenu pote. Il a déjà entendu parler de réseaux lui permettant de surmonter les problèmes dûs à son absence de papiers, mais il a peur de bousculer l'équilibre, en craignant que ce soit pire s'il essaye d'obtenir un titre de séjour et un travail avec, que de continuer comme il fait maintenant, avec sa bande de potes et son squat. Ce qu'il ignore, c'est que la police n'apprécie pas trop les squats, et va parfois les disperser dans la violence dans le plus nul des intérêts. Ca s'est passé pas bien loin, il y a deux ans, mais Rachid ne veut rien changer et veut conserver son mode de vie actuel.

J'espère que ceux qui me lisent commencent à comprendre de quoi je veux parler quand je dis que "ça va pas être tenable".

La voilà la France d'après de Sarkozy. Les vieux dans la misère, les jeunes dans la galère, la discrimination raciale omniprésente, la peur, la violence gratuite, l'ignorance, la déprime, et l'effort, encore et toujours et sans cesse, l'effort...

Les efforts, c'est maintenant qu'il faut les faire. Parce que c'est beaucoup plus facile. Parce que ça peut nous ouvrir des portes vers l'avenir.
Essayez donc, collectivement, la stratégie de la mobilisation éclair, qui éclate spontanément et se gonfle d'elle même, vous m'en direz des nouvelles...

Partager cet article

Repost 0
Published by Bête spatio-temporelle - dans Politique
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : L'étoile du marin, site web de Corentin CHAROUSSET
  • L'étoile du marin, site web de Corentin CHAROUSSET
  • : Sciences humaines, exactes ou naturelles, philosophie, politique, arts... Je vous emmène sur les flots dans un voyage aux mille escales, avec toujours le même objectif dans la longue-vue : l'étoile du marin, ou l'idéal qui anime l'homme qui a de l'espoir.
  • Contact

Recherche