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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 18:55

Epilogue :

 

            Lundi matin, au lycée de la ville. La permanence était obligatoire dans ces circonstances pour les élèves de seconde, et parmi tous les élèves de la salle, seuls deux n’avaient pas réussi à aller au CDI, faute de places : Laurent et Sylvain, qui étaient très occupés à régler, assis face à face, ce que Sylvain avait ressenti comme une conspiration contre lui, la conversation immédiatement devenue dispute, la dispute, à cause de l’absence de surveillant, très vite transformée en combat idéologique ; on n’en était pas encore venu aux poings ou à la reddition lorsque Bertrand, de retour de son séjour au CDI, passa par là et s’arrêta au seuil du théâtre de la tragédie.

 

« Mais voyons, grognait Laurent qui venait de se lever, il faut quand même reconnaître tout le bien que le progrès technique nous a apporté ! On n’a pas de raison de se priver de tout ! Le mieux, je le répète encore, c’est le laisser faire, la science ne peut que nous aider dans notre tâche.

-Le laisser faire ? rétorqua un Sylvain indigné par l’énormité des propos de Laurent, se levant à son tour. On va laisser faire le nucléaire, avec ses centrales et ses bombes, laisser faire les industries qui polluent à nous faire crever de chaud, laisser faire la déforestation, laisser faire les engrais qui empoisonnent l’eau ? Et tu appelles ça « le progrès technique » ? Y a pas de progrès technique, au contraire, on a une régression technique, et c’est pour ça qu’il faut justement vivre en ascètes, qu’il faut se priver de « tout » comme tu dis : c’est pour sauver l’humanité d’un désastre à venir.

-C’est intéressant, ce que vous dites, intervint Bertrand, se tenant debout à deux pas de chacun des deux protagonistes sans que l’un des deux ne l’ait vu venir. Non, vraiment. »

            Sylvain et Laurent détournèrent leur regard vers le nouvel arrivant.

« En fait, vous en faites tous les deux un peu trop à votre manière, continua Bertrand. Je dis bien « un peu trop » parce qu’il y a du bon et du moins bon dans ce que vous dites tous les deux. »

           

Même si je comprends mieux Sylvain, pensait-il très fort.

 

Sylvain s’étant rendu compte que la dispute allait mal finir, craignant que ce qui était arrivé Vendredi ne resurgisse, commença à se calmer, progressivement. Laurent répondit à Bertrand :

« Mais c’est lui qui a tort : il dit qu’il faut vivre sans électricité, sans eau courante, sans plastique, sans rien !

-Sur ce point, tu as raison. Il y a vraiment du progrès technique, et ça se voit partout : avec les hôpitaux, les films, les ordinateurs…

-Mais non, rajouta Sylvain, c’est lui qui a tort en laissant tout le monde polluer et détruire l’environnement, c’est pas du progrès technique.

-Et sur ce point, c’est toi qui as raison, commenta Bertrand. En fait, vous avez à la fois tous les deux raison et tort. Le progrès technique est à garder, la science aussi. Mais cette science, il faut s’en servir intelligemment, créer des produits utiles et non pas destructeurs : on peut garder nos transports, il faut juste les rendre écologiques. Sylvain a en partie raison en disant qu’il y a une régression technique : débarrassons nous des armes et des techniques polluantes, remplaçons les par des produits de consommation utiles et disponibles pour tout le monde sur Terre, et là nous pourrons créer un bel avenir. Enfin, c’est ce que je pense. »

 

            Laurent et Sylvain ne savaient que dire ; ils n’étaient plus dans une logique d’obstination cette fois ci, et à la tragédie avait été évité un dénouement malheureux, les passions ayant été apaisées.

 

Ce sont les deux personnes les plus extrêmes dans le domaine, songeait Bertrand, et j’ai réussi à les calmer toutes les deux… Ca m’étonnerait qu’ils soient convaincus qu’on pourrait aussi trouver un équilibre, une sorte d’alternative entre la pollution de masse et le retour à la bougie. Mais dire que j’ai quand même réussi à les calmer… Comme quoi, mine de rien, c’était pas impossible.


Un sourire se dessina sur son visage, le regard tourné vers l'avenir, le coeur plein d'espoir.

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Published by Bête spatio-temporelle - dans Les écolos rigolos (feuilleton)
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commentaires

Bête spatio-temporelle 30/10/2009 00:20


Et science avec conscience est merveille de l'homme.

Ce qu'a dit Bertrand, c'est Rabelais qui l'aurait dit au départ.

Quant au progrès, rappelons nous que c'est une amélioration qui se fait sur le long terme, une évolution positive... Qui refuserait une évolution positive des choses ?


goeland60 29/10/2009 20:18


Déjà fini ???

On enredemande !!

" Le retour à la bougie " : pourtant à l'époque la bougie était vue comme un progrès...

Je suis toujours un peu sceptique devant cette expression " le (fameux) retour à la bougie ", qui correspond à une vision quelque peu prétentieuse de "notre" savoir par rapport à celui des
générations précédentes.

Et si ce qu'il fallait éviter c'était le "retour au progrès" ?

A savoir : s'éloigner du progrès tel qu'il est conçu actuellement.

C'est d'ailleurs ce que dit Bertrand. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme"...

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