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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 16:16

Et oui, les forces rebelles ont hélas des défauts ! L'un d'entre eux est l'usage d'un certain nombre de mots et d'expressions à la con. En voici quelques exemples.


"fort-e-s", "étudiant-e-s" ... : Je suis pour l'idée de détruire le sexisme dans notre langue française, mais franchement, c'est pas comme ça qu'on va y arriver. Ecrire les textes militants d'une telle manière revient surtout à les rendre plus lourds à la lecture, donc moins attrayants pour ceux qui ne s'intéressent pas beaucoup à la politique alors qu'ils pourraient devenir des rebelles au service du progrès.


"social" : tout acte politique est nécessairement social, même s'il amène à la misère. Du coup, on peut tout à fait critiquer pour le même motif les mots

 

"socialisme",

 

"république sociale",

 

et aussi l'expression "acquis sociaux".

 

"remise en cause" : que ce soit la remise en cause de la grève ou la remise en cause des acquis sociaux, très souvent, les membres des forces n'aiment pas qu'on remette en cause ce qu'elles défendent, au point de vouloir interdire ces remises en causes. C'est là une erreur épouvantable : comment savoir si quelque chose est bon ou mauvais si on ne le remet pas en cause ?

Si Staline avait remis ses actes en question, aurait-il continué d'être mauvais ?

Si Sarkozy remettait sa politique en question, continuerait-il de faire subir des atrocités à des innocents sous prétextes qu'ils n'ont pas de papiers ?

Si votre collègue ou je ne sait quelle fréquentation bloque sur une erreur et que cela vous insupporte, est-ce qu'elle continuerait si elle se remettait en question ?

 

Ces rebelles là se trompent : il faut tout remettre en question si on veut s'assurer de la moralité de ce qu'on fait et de la véracité de ce à quoi on croit. Mais remettre en question ne veut pas forcément dire détruire : j'ai déjà remis en question la notion de vérité et elle a tenu le coup (c'était même une question de vie ou de mort pour l'humanité qu'elle ait cette notion ou pas).

 

"cogestion" : ce mot là correspond très bien à son étymologie : des forces politiques différentes gèrent telle ou telle institution. En pratique, les gens qui utilisent ce mot sont contre la cogestion : ce sont souvent des gens d'extrême gauche plutôt sectaires qui refusent d'être élus dans des conseils aux côtés des traîtres comme le PS ou l'UNEF. C'est là une erreur : il faut peser un maximum dans ces conseils pour faire pencher ces traîtres (ou pas traîtres d'ailleurs) vers des opinions et actions mieux orientées. Je ne vois pas comment on peut atteindre l'hégémonie dans ces institutions si on les laisse aux autres. Un anarchiste m'a d'ailleurs fait remarquer que beaucoup faisaient l'erreur de considérer l'Etat comme un ennemi alors qu'il faudrait s'en approprier, et c'est pour ça, lui répondis-je, que les gens bien n'osent pas la plupart du temps se présenter aux élections présidentielles françaises et qu'on se retrouve avec Sarkozy parce qu'on lui a laissé le champ électoral libre. C'est aussi pour ça que beaucoup n'osent pas rentrer dans des partis ou syndicats alors que s'ils le faisaient tous ensemble, ces nouveaux membres, comme ils seraient très nombreux et avec de bonnes idées, prendraient le contrôle du parti/syndicat.

Mais ces vrai quoi, pourquoi si souvent les déçus de la politique ne se vengent pas en faisant eux-mêmes de la politique ? A cause d'un blocage psychologique stupide, à mon avis.

 

"alternatif" : alternatif, ça veut dire autre. Le problème, c'est que beaucoup de rebelles ont l'air de dire que les alternatives, c'est bien.

C'est totalement faux. Quand on dit qu'il faut une alternative au capitalisme, on ne dit pas si c'est le féodalisme, le communisme, ou encore la disparition totale de l'humanité, alors que toutes sont des alternatives au capitalisme, bien que de valeurs très différentes, parfois mieux que le capitalisme, parfois pire.

Quand on prône le communisme ou la décroissance, on le fait parce qu'on pense que c'est bien. Quand on passe son temps à prôner une "alternative", on fait l'erreur d'être rebelle juste pour être rebelle, comme si c'était un but en soi. Cette mentalité si fréquente chez les adolescents est hélas très présente dans les discours des forces rebelles, et témoigne d'un extrémisme qu'il convient d'appeler "gauchisme".

 

"désengagement de l'Etat" : le problème de cette expression est qu'elle est censée être péjorative, alors qu'il n'y a pas de quoi voir pourquoi. Il faudrait expliquer que c'est l'Etat qui décide de ne plus financer quelque chose qui devrait être financé par lui plutôt que d'être payé par le peuple (et encore, l'explication complète demande de remarquer que l'impôt sur le revenu taxe plus les riches que les pauvres en valeur absolue). Une telle expression sans explication, ce n'est vraiment pas pédagogique.

"classe ouvrière" : là encore ce n'est pas pédagogique dans un contexte où la majorité des travailleurs ne sont pas des ouvriers. Il vaudrait mieux dire "classe exploitée" ou "salariat".

 

J'en oublie d'autres. En tout cas je voudrais insister sur une chose : si les forces rebelles étaient parfaites, ça ferait longtemps qu'elles auraient amené le monde sur la voie du progrès.

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Published by Bête spatio-temporelle - dans Langues
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commentaires

Bête spatio-temporelle 12/05/2010 16:32



Le deuxième commentaire me rappelle quelqu'un... La personne qui avait dit ça avait d'ailleurs une patience telle que c'était un gros loser, dans son syndicat comme dans son ambition face à la
politique de Sarkozy...


 


"Et l'an prochain, les manifs vont reprendre plus fort qu'avant.


-Ouais. Pour gagner.


-..."


 


J'aurais tendance à penser comme le Français moyen sur le coup : les gauchistes, ce sont des extrémistes de gauche. Des gens qui en font tellement que ça devient mauvais. Après, c'est sûr que de
telles personnes risquent de déborder d'impatience...



Bête spatio-temporelle 12/05/2010 16:23



Réponse au premier commentaire :


Oui, c'est vrai que si on voit les choses comme ça, on peut dire "classe ouvrière", seulement le but c'est d'être compris, et le genre de discours traditionnalistes que tu tiens me fait sursauter
quand j'entends des gens de droite comme de gauche qui critiquent les communistes parce qu'ils n'ont pas su se renouveler : ils ont raison ! Si les gens ne comprennent pas ce qu'on veut dire en
arborant le même discours et le même vocabulaire, et ben on n'a qu'à changer l'habillement de ce discours et ce vocabulaire, tant que le fond reste intact. Une guerre des mots, voilà comment on
devrait procéder. Les gens de droite sont plus malins que nous avec des mots comme "libéralisme" ou "pragmatisme", et on pourrait tout à fait avoir un vocabulaire séduisant sans qu'il soit
menteur.


De manière générale, il ne faut pas avoir de principes, et toujours s'adapter de la meilleure façon possible à la réalité.



Communista ! 12/05/2010 09:50



Le gauchisme, camarade, c'est ériger son impatience en théorie. C'est aussi malheureusement ce que tu pratiques ardemment...


À bon entendeur...



Communista ! 12/05/2010 09:22



La notion de classe ouvrière renvoie à la notion d'ouvrier selon Marx: un ouvrier est une personne n'étant pas propriétaire de ses moyens de production et n'ayant d'autre choix que
de vendre sa force de travail. Celle-ci est intellectuelle ou physique, la force du travailleur c'est sa capacité à fournir un travail. Cela implique une notion d'effort, or un
effort peut être physique ou intellectuel. De fait, la notion d'"ouvrier" ne permet pas de distinguer le travailleur le plus bas de l'échelle sociale et l'ingénieur. Cette erreur est dû
à l'amalgame populaire de la notion d'ouvrier avec le niveau de vie, et alimenté par les ouvriers à niveau de vie élevé (ingénieurs...) désirant se distinguer des masses
laborieuses.


Ce qui distingue la classe ouvrière de la bourgeoisie, n'est donc pas le niveau de vie, mais bien la propriété des moyens de productions (direct ou indirecte). Et là force est de
constater que l'ingénieur n'est pas propriétaire de ses moyens de production au même titre qu'un cadre supérieur administratif ou commercial. 


La notion de classe ouvrière est donc complètement d'actualité, les outils développé par Marx sont en ce sens judicieux qu'ils évoluent en même temps que la société. C'est ainsi qu'ils
sont intemporels et universels.



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