Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 17:23

Il est un mot dans la langue française, probablement récent, qui s'écrit "sociaux-traîtres". Il existe aussi au singulier : "Ouais, espèce de social-traître !" (dit ironiquement). Les forces rebelles utilisent parfois des mots à la con, et j'ai déjà consacré un article où je les incendiais sur ce point. Mais dans cet article-ci, je vais essayer d'expliquer par l'exemple ce qu'est un social-traître : ce mot là est souvent usité par les forces rebelles, et sa valeur est grande. Voyons donc ce que ça signifie :

1- Des méchants qui se font passer pour des gentils (ou alors qui le font pas exprès)

Les syndicats, c'est là pour aider les travailleurs à se défendre. En France, le principal syndicat est la CGT, la Confédération Générale du Travail. Actuellement, son chef est Bernard THIBAULT, qui en est depuis 1995 le secrétaire général. Très actif dans le milieu des cheminots à l'époque, sa vigueur lui a valu une renommée suffisante pour accéder au poste de secrétaire général, qu'il occupe encore à ce jour.

Un nombre ahurissant de changements de lois ont été effectués par la droite depuis l'élection de Nicolas SARKOZY au poste de président de la Vème République. Ces réformes sont pour un nombre significatif autant d'attaques contre les travailleurs, fussent-ils ouvriers, infirmières, professeurs, postiers, ou chercheurs. Le fait n'est pas nouveau : il s'agit de réduire les dépenses de l'Etat, quitte à saigner l'économie à blanc. Mais l'élection de Nicolas SARKOZY le 6 Mai 2007 a sensiblement accéléré le processus.

En toute logique, la CGT aurait dû faire entendre son refus de toutes ces attaques, que ce soit la loi anti-grève du service minimum, la privatisation d'EDF, la disparition des régimes spéciaux avantageux des retraites, et bien entendu, la pure folie qu'est le souhait de diminuer de 50% le nombre de fonctionnaires sur le long terme. Face à une oreille difficile, la CGT aurait dû hausser le ton jusqu'à satisfaction des revendications allant dans le sens des travailleurs, que ce soit le refus des réformes régressives imposées par la droite, ou, tout simplement, des hausses de salaires et le refus des licenciements massifs dûs à la crise économique, et dont les media nationaux nous cachent souvent l'ampleur.

Que s'est-il passé ? En Octobre 2007, un certain nombre de manifestations interprofessionnelles se sont levées, avec principalement comme motivation le refus de la politique régressive du gouvernement, que ce soit la privatisation d'EDF, la loi du service minimum pour les cheminots, ou la LRU (Loi de Responsabilité des Universités, aussi appelée "loi Pécresse", du nom de la ministre qui en est à l'origine, Valérie Pécresse).

Attardons nous un peu sur le cas de la LRU, étant donné que c'est celui que je connais le mieux, et que moi et mes camarades de classe en subissons déjà les effets.

La loi a été votée en été, le moment où tout le monde est en vacances et où tout le monde se la coule douce histoire de bien s'éclater et de prendre du bon temps. Tout le monde, sauf quelques petits malins parmi les parlementaires de droite qui ont fait passer la LRU. Merde, on s'est fait niquer. Bon tant pis, une loi ça peut disparaître.

Que dit vraiment cette LRU ? J'ai pris la peine d'aller sur Legifrance, le site d'information sur les lois de l'Etat français. Je suis tombé sur un texte long et incompréhensible, dont la plupart des propos me semblaient vides de sens, avec vaguement une partie sur le Conseil d'Administration de l'université, j'ai survolé tout ça et j'ai pas pigé grand chose. Nul n'est censé ignorer la loi, diront certains, sauf que la loi est écrite de telle sorte à ce qu'on ne puisse pas la comprendre. C'est une langue étrangère qu'il faut apprendre à déchiffrer, et on peut apprendre à le faire à la fac de droit. Mais comme dit l'adage, fac de droit, fac de droite : ce n'est pas une fatalité, mais les opinions politiques dominantes dans les facs de droit sont actuellement... à droite.

Bien embarassé par mon incompétence en la matière, je me fie alors aux indications de mes connaissances de gauche, qui raisonnaient de façon plus politique : la LRU aurait pour but de se rapprocher de ce qui se passe aux Etats-Unis : d'un côté, des universités poubelles avec peu de moyens et des diplômes non reconnus à l'embauche, de l'autre, des universités d'élite réservées aux riches, comme Harvard ou Yale, qui elles, en revanche, sont reconnues dans un CV. Le problème, c'est que les universités d'élite ne sont pas gratuites, non non non, il faut payer dans les 50 000 $ à l'année pour y étudier. Et les autres ? Ben elles sont pas gratuites non plus, et ça coûte dans les 5 000 $ à l'année pour étudier. Les parents avec peu de revenus sont obligés de faire beaucoup d'efforts pour financer les études de leurs enfants, et parfois, c'est même impossible. Les Américains en sont arrivés à un point où les universités vont mettre des pubs avec des affiches dans leurs bâtiments dans le seul but de pouvoir gagner de l'argent !! Voici donc le sens dans lequel voulait aller la LRU, avec aussi une optique de mise en concurrence des universités entre elles.

Les conséquences ? Baisses de moyens financiers, des cours qui disparaissent, des filières de plus en plus spécialisées et destinées à fournir de la main d'oeuvre pour une entreprise locale... Lorsque l'AGEC (Association Générale des Etudiants de Clermont-Ferrand, aujourd'hui disparue) affichait la publicité pour une licence professionnelle de gestion des pneus chez Michelin (avec le Bibendum !), on pouvait rire et se dire que c'était une blague, mais... on entend un certain nombre de trucs inquiétants.

En tout cas, c'est pas avec une licence Bibendum qu'on va pouvoir se faire embaucher à l'étranger, ni même à Paris d'ailleurs. Et niveau culture générale et formation intellectuelle, je crois pas que ce soit le top.

Donc voilà, on était en Octobre 2007, et y avait une loi de merde parmi d'autres, la LRU, qui venait de passer. C'est alors que Sarkozy a pu mettre en place sa géniale invention : le dialogue social.

Le dialogue social, c'est quand on rassemble des politiciens de droite, des patrons et des leaders syndicaux pour que les leaders syndicaux s'endorment et se résignent, c'est-à-dire qu'ils se mettent à accepter l'inacceptable. C'est ainsi que l'on a pu voir Bruno JULLIARD, qui avait sa part de gloire dans la victoire pour le retrait du CPE en 2006, se ramollir, et au lieu de se prononcer pour le retrait de la LRU, essayer de voir ce qu'on peut faire avec en cherchant à changer les petits détails qui vont pas et en gardant ce qui va bien. Il a joué le jeu que voulait le gouvernement, et il a perdu, la LRU est passée, la masterisation des concours de l'enseignement aussi, et pour nous les étudiants, on commence à en chier. Disons que ça n'arrange pas les choses : quand des étudiants se destinant à l'enseignement se voient obligés de travailler 5 ans minimum pour se retrouver à enseigner sans aucune formation pédagogique digne de ce nom, et qu'en plus dans la plupart des facs pas de réput' donc pas de bol pour trouver un boulot, les jeunes étudiants se retrouvent encore plus dans la galère. Quand rien n'est fait pour simplifier le fonctionnement administratif et que les baisses de budget ne permettent pas de supprimer l'aberration qu'on appelle "cours magistral" et d'améliorer la pédagogie, ça n'arrange pas les choses. Quand les filières littéraires et la recherche fondamentale sont méprisées car considérées inutiles, et qu'on cherche à s'en débarasser plutôt que d'améliorer les choses qui ne vont pas, on peut s'inquiéter pour la liberté de recherche, d'études, ainsi que pour l'avenir de ceux qui aimeraient profiter au mieux de leurs études d'histoire, de sciences du langage, de psychologie, de littérature.

Mais revenons en au sujet de l'article : des sociaux-traîtres, ce sont des gens qui empêchent la révolution alors qu'elle vient à peine de se mettre en marche, qui vont organiser des manifestations interprofessionnelles ponctuelles tous les deux mois en faisant croire que c'est ça la "grève générale", des dirigeants du PS qui vont croire qu'on peut faire quelque chose de bien pour les opprimés en restant dans le système capitaliste, en un mot : des traîtres à la classe dominée. Il est difficile de le savoir, mais un certain nombre d'entre eux savent pertinemment que ce qu'ils font est mal, mais ils s'en moquent. C'est le cas d'un certain nombre de membres de la tendance majorité nationale (la majo) de l'UNEF, le principal syndicat étudiant, à se demander même s'ils n'auraient pas mieux fait de faire carrière à l'UMP. Mensonge, manipulation, division, opacité, accusations injustifiées, goût du superficiel... A l'UNEF Grenoble en Décembre 2009, parce qu'il faut bien donner ses exemples, certains avaient réellement une mentalité de droite, ce qui correspond un peu à ce que je viens de dire, à savoir, mensonge, manipulation, division...

Dans la pratique, très peu savent qu'ils font le mal, les gens méchants sont très rares. Non, le problème vient du fait que trop de gens naïfs répètent un certain nombre d'erreurs de ceux qui font le mal : c'est le cas à l'UNEF comme partout, et la servilité y est pour quelque chose.

2- Les traîtres dépassés par la masse

Parce qu'il ne faut pas non plus passer son temps à dénoncer les traîtres, je rajoute une partie plus constructive : il s'agit ici du peuple qui prend son avenir en main pour construire un monde meilleur.

Après tout, il faut relativiser : les traîtres à la cause de l'intérêt sont certes posés sur un piédestal, mais ils s'en servent à peine. La droite, en revanche, a du crédit, et elle s'en sert, sûrement pas pour défendre les intérêts de la nation, mais pour défendre les intérêts d'une minorité, la bourgeoisie, au mépris total du sort que peuvent subir les autres.
Mais nous sommes beaucoup plus nombreux que tous ces êtres humains tombés dans l'erreur. Tout le monde peut faire des erreurs, mais c'est à chacun de se remettre en question, et de savoir y mettre un terme. C'est dans cette démarche quelque peu sceptique que pourra naître la démocratie, où le peuple aura pris son avenir en main et décidera de lui même et du mieux qu'il peut du sort qui sera le sien, si ce n'est plus encore.

En pratique, cela peut passer par un appel adressé par mail aux élus, des initiatives indépendantes des mots d'ordres des centrales syndicales dans les manifestations, par l'organisation spontanée pendant les grèves sur le lieu de travail. Dans l'idéal, les sociaux-traîtres ainsi que les militants habituels se retrouveront derrière le mouvement des masses, ou plutôt, en plein dedans. Les sociaux-traîtres seront alors dépassés, et son bouclier brisé, la droite ne pourra alors que subir la défaite.

Car le PS comme les traîtres de la CGT ou de l'UNEF ont bien cette fonction : servir de protection aux gardiens d'un ordre aberrant où l'homme exploite l'homme, où le riche vit aux dépends du pauvre, où le mensonge pullule et où l'avarice entraîne parfois la guerre, et la torture.
Chacun sa part de responsabilité dans cette histoire : on ne pourra pas en vouloir autant à un jeune étudiant paumé qu'à Nicolas SARKOZY ou Ségolène ROYAL.
Une formule amusante qui a déjà été dite est la suivante : "Le premier ministre de Nicolas SARKOZY, c'est Bernard THIBAULT.". Car c'est lui qui a le plus fort potentiel en tant qu'individu pour défendre les opprimés à l'échelle de la France, mais que c'est un vendu, coupé du monde du travail et désormais plus près de l'Elysée que des cheminots de la SNCF.

Comme vous l'avez peut-être remarqué, j'ai rédigé cet article en me limitant au cas particulier de la France. A mon sens, la définition qu'il donne des sociaux-traîtres ne sera pas difficile à élargir à tout ce qui peut se passer dans le reste du monde, que ce soit en Angleterre, en Allemagne ou ailleurs.

3- Pour finir sur l'actualité

Le Mardi 7 Septembre, c'est la grève générale : on arrête tout et on change le système ! C'est en tout cas ainsi que les choses devraient se passer, dans le bon sens bien sûr, mais la direction de la CGT ne l'entend pas ainsi. Pour elle, l'ambition est loin d'un changement de société, il ne s'agit même pas de virer Sarkozy, non, en fait... ça se situe en dessous du retrait de la réforme des retraites. C'est sur ce premier point qu'il faudra gagner : car la contre-réforme des retraites touche tout le monde ; car ce serait une brèche qui nous permettrait de mettre à bas la Vème République et ses institutions sclérosées ; car ce serait une défaite symbolique pour ce gouvernement affaibli et une victoire réelle pour la démocratie ; parce que ce serait une lueur d'espoir qui nous permettra d'aller beaucoup plus loin dans les années qui viennent dans l'hypothèse pessimiste où tout s'en arrête là ;

Et enfin : parce que ce serait l'occasion de faire valoir le droit à la révocation de tout représentant du peuple qui ne fait pas son boulot correctement. Le droit de grève a été obtenu par la grève, qui était de fait illégale : le droit à la révocation de tout représentant du peuple ne tombera pas non plus du ciel, il s'arrachera, et il faudra virer Sarkozy et ses acolytes pour cela.

Pour ceux qui ne l'auraient pas compris : révoquer un chef, ça veut dire le virer par le bas ^_^

Alors battons nous pour le retrait de la contre-réforme des retraites. Je donne ici une petite idée de slogan, à faire sur un air déjà bien connu (à un peu de choses près) :

Sarkoooo, si tu savaiiiis, tes retraites, tes retraites, Sarkoooo, si tu savaiiiis, tes retraites où on se les meeeet... Au cul ! Au cul ! Aucune négociation ! Non à la misère, non à la galère ! RETRAIT, RETRAIT, RETRAIT de tout le projet !

Partager cet article

Repost 0
Published by Bête spatio-temporelle - dans Politique
commenter cet article

commentaires

coco 10/03/2011 20:19



"Social-traitre un mot probablement récent dans la langue française" LOL: c'était une des expressions favorites de Lénine, ça a plus d'un siècle!



Bête spatio-temporelle 29/10/2010 14:44



Bibi, t'es chiant. On dirait que tu viens ici exprès pour me faire chier.


 


Niveau musical, le slogan que je propose se chante comme celui des manifs contre le CPE : très bon souvenir, celui d'une victoire tous ensemble en se battant pour le retrait de la réforme. Le
genre de trucs qui tire l'UNEF vers le haut ;-)


Quant à ta remarque sur l'utilisation du pluriel de "social-traître", je n'en vois pas trop l'intérêt. Si la majeure partie des gens disent "des social-traîtres" au lieu de "des
sociaux-traîtres", les deux valant autant l'un que l'autre, je m'alignerai sur l'usage le plus fréquent.


 


La prochaine fois, essaye de faire des critiques constructives. Parce que là tu fais chier.



Bibi 27/10/2010 21:02



On dit des social-traîtres, et non des sociaux-traîtres.



Bibi 27/10/2010 21:00



Niveau musical, c'est pas génial ton slogan.



Présentation

  • : L'étoile du marin, site web de Corentin CHAROUSSET
  • L'étoile du marin, site web de Corentin CHAROUSSET
  • : Sciences humaines, exactes ou naturelles, philosophie, politique, arts... Je vous emmène sur les flots dans un voyage aux mille escales, avec toujours le même objectif dans la longue-vue : l'étoile du marin, ou l'idéal qui anime l'homme qui a de l'espoir.
  • Contact

Recherche