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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 14:54

Je viens d'effectuer mon premier travail sérieux en temps que chercheur (ou plutôt c'est presque fini). C'était dans le cadre d'un stage de mai 2013 à aout 2013 dans le FMF, Freiburger MaterialForschungszentrum. J'ai travaillé sur des panneaux solaires expérimentaux à base de plastique dans la ville de Freiburg en Allemagne.

 

Maintenant que j'ai 4 mois d'expérience de laboratoire en plus de 5 années de fréquentation du milieu universitaire, ce milieu étant directement connecté à celui de la recherche (les profs à l'université sont des chercheurs), je peux m'exprimer sur un sujet que je connais.

 

Il y a des choses qui me révoltent dans le milieu de la recherche. Ce texte s'adresse à la fois à ceux qui sont dans le milieu comme ceux qui ne le connaissent pas, même si naturellement certains trucs seront plus faciles à comprendre pour ceux qui sont dedans...

 

1- Le manque de scientificité

 

Les chercheurs ne sont pas des scientifiques ? "Balivernes", penseront certains. Et pourtant...

Il y a 2 facons de faire de rechercher du nouveau savoir : avec la méthode scientifique, et sans.


Avec la méthode scientifique, on entraine son esprit de telle sorte à ce qu'en permanence, on se demande si le truc qu'on a trouvé est vrai, ou si ca ne l'est pas. On ne recherche pas des croyances, mais des savoirs, des choses qui ne seront pas des illusions mais bien des affirmations qui correspondent à la réalité.

Car dans le fond, la science, c'est ca : chercher à distinguer le vrai du faux. Un cuisinier qui est fier de sa dernière recette a tout intérêt à se demander si vraiment, les gens l'apprécieront. Car dans le cas malheureux où cette recette ne plait qu'à lui, bien triste travail...


Il n'y a pas si grande différence entre la science et le bon sens.

 

Moi ce que j'ai vu, c'est que des physiciens utilisent des objets mathématiques comme les fonctions, virtuellement tous les jours, ils en parlent, et ils ne savent pas ce que c'est. La preuve : ils disent souvent "la fonction f(x)" (je schématise) alors que f(x), c'est autre chose qu'une fonction. La fonction c'est f.

Les calculs sont d'un manque de détail et de précision à donner mal au coeur. De voir que quasiment à chaque interligne se situe un trou dans lequel il manque une explication me dit qu'il y a encore énormément de travail à faire pour scientifiser les anciens écrits.


D'ailleurs, si vous me demandez si j'ai jamais lu un bon manuel scientifique, sans hésiter la réponse est non. Le seul bon manuel que j'ai lu dans ce genre, c'est la Théorie des ensembles de Nicolas BOURBAKI, mais d'une part je ne l'ai pas fini donc ne peux pas trop juger, d'autre part c'est un livre de mathématiques, domaine que j'estime être une des branches de la philosophie, et non une science.

 

La science requiert de la bonne foi. Quand j'entends que le prix Nobel de physique 2012, Serge HAROCHE, pense qu'en mécanique quantique, tout est clair, la bonne foi n'y est pas.

 

2- Les complicités avec les nuisibles

 

Quand on déploie ses connaissances sur le noyau des atomes dans un projet obscur que personne ne sait très bien où on veut en venir, et quand ce projet aboutit à l'explosion des deux bombes nucléaires d'Hiroshima et Nagasaki, quand ce projet pourri depuis le début donne une propagande, un tissu de mensonge qui existe encore aujourd'hui comme lorsqu'on ouvre un musée aux USA qui parle d'Hiroshima et Nagasaki sans parler des enfants qui ont crevé sous les flammes et de tous ceux qui ont été traumatisés par l'image du champignon atomique, il y a complicité avec des nuisibles.

 

Basiquement : l'armée et les capitalistes.

 

Le chercheur a beau avoir un devoir d'objectivité, il est avant tout un être humain, sa famille saura le lui rappeler. Il n'y a aucune raison qu'une fois passées les portes à l'intérieur du laboratoire, sa conscience morale s'éteigne comme par magie, ou alors cette raison n'est pas légitime.

Même si fort heureusement, la communauté des chercheurs se tient dans l'ensemble loin de ces crapules, des relents de dictature et de malversation remontent parfois, avec des phrases comme "On ne va pas rentrer dans le débat.". Ils ne se rendent pas compte que cette phrase n'est pas anodine, pourtant elle est capable de servir de prétexte à toutes les pires erreurs, puisqu'on ne se pose pas la question de savoir si c'est une erreur ou pas.

 

Si les chercheurs se remettent en question, et s'ils s'insurgent contre les commanditeurs malveillants, des saloperies historiques comme le projet Manhattan ne devraient pas se reproduire.


3- Le minimalisme

 

 Ceci est un point particulièrement frustrant : "Pourquoi en faire plus alors qu'on peut en faire moins ?", transpire l'activité de la recherche.

 

Parce qu'il faut pas déconner : le milieu de la recherche est un milieu où on travaille comme des mous. Il n'y a pas de dynamisme, pas de recherche de l'efficacité, pas d'ambition. Ou plutôt, ceci est un aspect qui n'est pas dominant.

 

Moi je pensais que n'importe quel travailleur dans le photovoltaique aurait pour ambition de régler le problème de la crise énergétique (mis-à-part quelques retardataires qui n'ont pas encore compris pourquoi ils étaient là), malheureusement, je réalise que ce n'est pas le cas, et je doute réellement de l'ambition de pénétrer la Nature chez les gens du LHC, l'ambition de créer un supraconducteur à température ambiante chez les gens de l'Institut Néel, l'ambition de produire de l'électricité propre et abondante chez les gens d'ITER.

Ah ben forcément, quand on veut pas, on y arrive pas !

 

Je suis profondément révulsé de voir que la plupart des sujets de thèse sont des trucs petits. Petits. Pour faire une analogie avec la vie courante, petit comme de savoir à quelle température il faut régler le four pour faire des tourtes aux potirons.

En réalité, ce serait dit avec le style :

 

"Thermométrie haute et basse température de la chimie des pâtisseries aux courges".

 

Franchement c'est consternant. Il suffirait de se fixer 1 grand objectif, et il motiverait suffisamment pour arriver à en accomplir des dizaines de petits en une bouchée.

 

Je pense que les moyens intellectuels sont beaucoup plus importants que les moyens financiers dans la réussite d'un projet de recherche, car non seulement ils décuplent le génie, l'audace, la rigueur et l'imagination, mais en outre, et ce n'est pas peu dire, ils permettent de débloquer des crédits...

 

On sous-estime le facteur intelligence ! Pourtant il joue énormément, et il n 'y a pas de honte à dire "Je suis con.", parce qu'avouer sa connerie est la première chose à faire pour augmenter son intelligence. Ou plutôt la deuxième, la première, c'est de le vouloir.

N'ayons pas peur d'ailleurs de critiquer les erreurs de nos collègues, la critique constructive construit loin et bien, et c'est d'ailleurs une chance que le milieu de la recherche soit fait de gens plutôt sympas, car cela défavorise complètement son double maléfique, la critique destructive, qui est un truc de canaille, voire de tortionnaire.


4- Le culte du titre

 

Pourquoi donnerait-on à l'atome à 99 protons le nom d'einsteinium ? Albert EINSTEIN n'a rien fichu pour découvrir cet atome bizarre, il n'y a même pas une ressemblance entre Einstein et l'einsteinium, ce qui serait assez cohérent, dans la mesure où l'hélium a un rapport avec le Soleil... entre autres.

 

Ceci intervient manifestement du fait de cette plaie que je nomme "le culte du titre".

 

Le culte du titre se manifeste dans le milieu de la recherche par :

 

  • un prix absolu, le prix Nobel, et des équivalents. Les étudiants ont peur de critiquer un prix Nobel de leur discipline, même si le prix Nobel se trompe vraiment, comme c'est le cas de Serge HAROCHE qui a beaucoup de balais derrière lui et qui n'est toujours pas fichu de comprendre qu'il y a un truc qui va pas avec la mécanique quantique. Un gros truc, en fait.
  • une attitude orgueilleuse vis-à-vis des diplômes (je parle ici des étudiants en physique), où on dit en gros : "Je suis Master 2 bla, bla, bla, tu n'y connais rien.", au point que cette auto-estimation positive en est irréaliste. "J'ai un plus gros diplôme que toi." est souvent utilisé comme pseudo-argument.
  • un respect déconnecté de la réalité envers les titrés : on apprécie le chercheur X non pas parce qu'il est généreux ou parce qu'il a fait telle bonne découverte Y, mais parce que Monsieur sort de l'ENS, Monsieur sort de Centrale Paris, Monsieur publie dans Nature. Vous y êtes allés, à l'ENS ? Vous savez ce que ca vaut vraiment ? Si on apprend beaucoup de choses ? Si les enseignants sont pédagogues ? Si c'est tout simplement des gens bien ?
  • un orgueil de Ste-Nitouche, avec des directeurs de recherche qui ne veulent pas toucher au matériel expérimental. Dans le milieu politique, ca donne des serviteurs qui tiennent le parapluie pour Monsieur, la prochaine fois on lui tiendra la bite pour faire pipi, il est pas capable de la tenir lui-même.
  • le h-index qui est un concept de Dudule de la recherche.
  • des regards baissés, des silences dépressifs, quand untel fait face à un titré.

Je dois signaler que la condition de titré, comme celle de chef, est très difficile. Dans le premier cas, la personne se dira "Je suis prix machin", alors qu'elle n'est pas prix machin, elle est juste elle. Dans le second cas, la personne doit prendre de bonnes décisions, alors que personne ne l'aide à les choisir, tout le monde lui obéit. Je pense que la condition de chef est très mauvaise pour la santé mentale, alors sachons être compréhensifs avec eux.

 

5- Le manque de culture militante

 

Finalement, c'est surtout ca. Il y a dans le milieu de la recherche un manque de culture militante.

 

Les militants, ce sont tous ceux, les Martin Luther KING, les Nelson MANDELA, les anonymes, qui se battent au péril de leur vie pour la cause du progrès. Nombre d'entre eux sont oubliés, nombre d'entre eux en sont morts, mais toutes ces vies n'ont pas été perdues en vain, car tous les progrès qui ont été acquis aujourd'hui le sont grâce à leur courage.

 

Qu'importe de se faire critiquer par ses collègues pour des idées différentes, le militant est prêt à perdre sa vie pour sa cause, c'est en comparaison bien peu de choses.

 

C'est cet esprit rebelle qui manque. Cet esprit critique, ce réflexe d'aller occuper la rue pour exiger de nouveaux postes, de meilleurs salaires, encore que pour les salaires je ne suis pas trop d'accord, mais il faut en discuter, en débattre, mettre nos compétences en commun dans cette mécanique merveilleuse, on la connait peu d'ailleurs, qu'est l'intelligence collective.

 

Naturellement que je peux me planter ! Et les autres aussi, d'ailleurs. Mais c'est avec le débat qu'on règle ce problème-là.

 

Donc finalement, on va ouvrir le débat.

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Published by Bête spatio-temporelle - dans Politique
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commentaires

Gilles 04/02/2014 20:00


Tu es un peu dur avec les chercheurs, avec les diplômes, avec Serge Haroche (l'as-tu seulement rencontré?) et avec la mécanique quantique (l'as-tu seulement étudiée?).


Mais je suis (partiellement) d'accord pour le manque de culture militante.

Bête spatio-temporelle 28/03/2014 17:49



J'ai eu 14,5 en mécanique quantique à la maitrise. Assurément, cette matière m'intéresse...



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