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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 14:19

La journée de grève et de manifestations nationale et interprofessionnelle du 19 Mars 2009 contre la politique de Sarkozy a été qualifiée de coûteuse pour l'économie française par Laurence Parisot, alors présidente du MEDEF (Mouvement des entreprises de France, organisation patronale). Il est vrai que ce genre de journée, du fait que les gens travaillent moins, ralentit l'activité économique en ralentissant la production de biens et services. Mais c'est justement là le rôle d'une grève !

 

Je voudrais ici recadrer ce qu'est l'idée d'une grève générale tout en introduisant un concept similaire boostant la force des insurgés : le contrevol général.

 

Tout d'abord, pourquoi s'insurger ? Parce que nous vivons dans un système intrinsèquement injuste, qui cause la misère, la guerre, et qui méprise l'environnement : le système capitaliste. On me dira que le capitalisme n'est pas la source de tous les maux, et c'est vrai : d'autres malheurs viennent des mauvais sentiments, parfois ce sont des drames auxquels on ne pouvait pas échapper. Toujours est-il que lorsqu'on cherche l'origine des problèmes actuels de l'humanité, à force de creuser, on finit par se rendre compte que le capitalisme est un facteur qui revient presque tout le temps. On se rend compte aussi que la recherche aveugle du profit par une élite possédante mène parfois à de bonnes choses : auriez-vous cet ordinateur en face de vous si aucune entreprise ne pouvait faire de profits en vendant un tel produit ?

 

Inverser le rapport de force

 

Le but d'une grève générale, c'est que les opprimés soient plus forts que ceux qui les exploitent, ceci afin de pouvoir mieux se faire entendre : "Hausse des salaires !" , "Blocage des prix !", "On veut du pain !", "Sarko, démission !", tel est le genre de mots d'ordre que l'on peut donner lors d'une manifestation accompagnant une grève.

Car il y a grève et manifestation, c'est pas la même chose. Mais ces choses doivent aller ensemble.

 

Quand on fait la grève générale, on s'arrête de travailler massivement, au moins à une échelle nationale, toutes professions confondues, et de façon illimitée. Une grève générale c'est pas un "temps fort", pour reprendre l'expression vaseuse de certains syndicalistes sociaux-traîtres (Bernard Thibault a dit lui même qu'il était contre la grève générale), une grève générale c'est une attaque forte et continue contre les capitalistes, qui dure plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

 

Mais déjà, en quoi est-ce une attaque ? Dans une grève générale, les gens travaillent beaucoup moins, donc la production va diminuer drastiquement, donc au bout d'un certain moment, les entreprises n'auront pas beaucoup de marchandises/services à offrir, et à un tel point qu'elles vont perdre de l'argent (moins de bénéfices mais toujours un certain nombre de charges à payer), ce qui est la chose qu'elles craignent le plus. Le but d'une grève générale est d'empêcher les capitalistes de faire du profit.

 

Boulot, métro, dodo, boulot, métro... STOP !

 

Mais le fait que les gens ne travaillent plus est surtout un très bon prétexte pour se poser, quitter le train train quotidien en se réunissant, si possible dans la bonne humeur, entre travailleurs pour discuter et se poser des questions sur le système dans lequel on vit.

 

Dans quel monde vivons-nous ?

Dans quel monde devons-nous vivre ?

Comment faire pour faire de ce monde idéal une réalité ?

 

Telles sont, je pense, les trois grandes questions qui doivent guider le débat lors d'une grève générale.

 

Ce genre de mouvement est l'occasion de rencontrer des gens dont on n'avait pas idée, de faire face à des idées nouvelles, d'inventer des idées aussi, et de parler de sujets dont on n'avait jamais vraiment eu l'occasion de parler. C'est l'heure des AG et des débats, où le simple électeur peut découvrir ce qu'est qu'être vraiment citoyen et faire exercer la démocratie.


La manifestation est ici le défilement d'un cortège massif qui va faire entendre sa voix pour défendre les opprimés. Bien que souvent contestataires, les manifestations peuvent aussi être "pour" : ces manifestations revendicatives (qui ont aussi un brin de contestation sinon elles seraient inutiles) sont plus fortes que la contestation pure et dure car on oppose une revendication à ce que veut la classe dominante.

On va scander des slogans, agiter des drapeaux, faire entendre ses revendications par la force de l'imagination et de la création : telle personne va critiquer le bourrage de crâne scolaire croissant en fixant sur sa pancarte une poupée de bébé avec un entonnoir enfoncé dans le crâne, telle personne va emmener son instrument de musique favori, tel parti va distribuer des faux billets de 1000€ pour l'ironie... On assiste souvent à une profusion d'idées, de mouvement, de créations et de discussions.

 

Ce qu'on ne dit pas assez, c'est que la révolution est la suite logique d'une grève générale. La seule grève générale qu'on ait eue sous la Vème République, c'était en Mai 68, qui était bien une situation pré-révolutionnaire.

Mais la révolution n'est pas une fin en soi. La révolution, c'est un moyen pour les masses de casser le système actuel et de construire par dessus un monde meilleur. Il y a donc beaucoup à gagner à faire une révolution.


On me dira que les révolutions ont souvent échoué, qu'elles ont amené à des violences, et souvent débouché sur des guerres civiles ou des dictatures. Ca, les révolutionnaires le savent bien (mis à part un certain nombre de gauchistes inexpérimentés). Raison de plus pour s'intéresser à l'histoire, en tirer des leçons et réfléchir pour trouver un moyen de faire la révolution jusqu'au bout sans qu'elle ne dégénère.


Traditions militantes et esprit moderne

 

Mais aujourd'hui, la tradition militante est plus à la "consomm'action", aux initiatives individuelles des consommateurs. Ce genre d'action est très limité car il n'est pas organisé, néanmoins, je trouve que les marxistes ont un mépris trop grand envers le boycott.

 

L'idée que je propose ici est une amélioration du boycott : tous ensemble, de façon organisée et a priori illimitée, on décide de ne pas verser d'argent aux (chefs d')entreprises, mais on ne se prive pas pour autant de choses essentielles telles que la nourriture : on se sert dans les magasins, sans payer, pour reprendre ce qui nous a été volé. C'est ce que j'appelle le contrevol général.

 

Et si les gens en prennent trop ?

Cela ne devrait pas arriver : ce serait s'abaisser au même niveaux que les capitalistes. Il ne faut prendre que ce dont on a besoin.

 

Mais les dirigeants de magasins ça va pas leur plaire, ils vont appeler la police !

C'est fort posible, il faudra donc s'attirer la sympathie du personnel en leur expliquant qu'on défend les mêmes intérêts (l'intérêt général), et former des services d'ordre (SO) capables de mettre en échec les forces de police pour que le contrevol puisse se faire. D'autres solutions restent à envisager selon les cas précis.

 

Récapitulons. On a une grève générale, un contrevol général, des débats et des manifs. La grève générale ralentit la production et permet aux travailleurs de se rassembler, de s'organiser et de débattre. Le contrevol général diminue immédiatement les profits des distributeurs finaux sans affamer la population, la machine économique ralentit, il ne reste plus qu'à la briser en lui portant le coup final et en construisant par dessus un monde meilleur.

 

A quoi ressemblerait ce monde meilleur, j'ai déjà donné mon avis à de multiples reprises sur ce site.


Là où je veux en venir dans cet article, c'est introduire cette nouvelle idée de contrevol général, et la diffuser si je ne me trompe pas sur son efficacité. Je pense que le militantisme se fait par tous les moyens possibles, pourvu que ces moyens ne causent pas trop de dégâts collatéraux. Il est temps que les militants tuent les traditions militantes et se tournent sans cesse vers de nouvelles méthodes. A l'époque où j'écris ce texte, l'article "Militant" de Wikipédia permet de s'ouvrir un peu l'esprit en découvrant des méthodes d'action moins traditionnelles.


Pour finir : si l'idée du contrevol général vous séduit, n'hésitez pas à la diffuser !

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Published by Bête spatio-temporelle - dans Idées de politique
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commentaires

Bête spatio-temporelle 15/07/2010 21:40



On m'a informé que cette méthode, à échelle locale (donc pas générale), a déjà été déjà utilisée, et qu'elle s'appelle "autoréduction" ou "communisme immédiat".


 


http://fr.wikipedia.org/wiki/Autor%C3%A9duction


 


Pour ma part, je trouve quand même que l'appellation de "contrevol général" est plus forte car elle rime bien avec "grève générale", et exprime l'idée qu'on reprend aux capitalistes ce qu'ils
nous ont volé.



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