Sciences humaines, exactes ou naturelles, philosophie, politique, arts... Je vous emmène sur les flots dans un voyage aux mille escales, avec toujours le même objectif dans la longue-vue : l'étoile du marin, ou l'idéal qui anime l'homme qui a de l'espoir.
Mais oui, quelle évidence. Si les politiciens cherchaient à défendre la vérité, il la voudraient pour eux, et seraient sincères parce qu'ils la veulent aussi pour les autres. Et pourtant...
L'idée de cet article me vient de mon expérience militante l'année passée, lors du mouvement étudiant de 2009 contre les réformes de Sarkozy. Nous étions une centaine d'étudiants à militer au sein d'un "comité de mob" , alors qu'il y avait environ 100 fois plus d'étudiants au total.
Collectifs d'AGE (Assemblée Générale Etudiante), manifs, tracts, manifs, affiches... Une activité intense dans une très bonne ambiance, mais pas très regardante sur l'exactitude des propos des tracts. Je m'en suis bien rendu compte : même les militants de gauche de base disent beaucoup de conneries. Quelques erreurs type :
-Confondre ce que veulent les autorités avec les conséquences de ce qu'elles veulent.
-Voir la jeunesse comme martyr : "Ce sont les jeunes qui vont servir de variable d'ajustement !". C'est marrant, les retraités disent que ce sont les retraités, les salariés disent que ce sont les salariés...
-Utiliser un mot pour dire autre chose que ce qu'il veut dire (comme "précaire").
-Dire que les 350 milliards d'euros débloqués par l'Etat ont été DONNES aux actionnaires.
On peut trouver plusieurs façons de se justifier pour avoir dit quelque chose d'inexact : dire que c'est pas grave, dire que ça va amener plus de monde à nous parce qu'on est plus percutants ou qu'on donne une meilleure image. Moi je pense que dans 99 % des cas, et particulièrement dans ce domaine clef qu'est la politique, c'est inexcusable.
J'ai fortement l'impression que le domaine où l'on méprise le plus la vérité, c'est la politique. Et pas seulement de la part des politiciens carriéristes, loin de là. On ne fait pas bien attention à ce qu'on dit, on ment aux autres, et, phénomène courant et meurtrier : on se ment à soi-même. Illusion.
Quand il s'agit de parler de là où est rangé l'aspirateur ou même de la nature d'un atome, en général, on ne va pas inventer un mensonge. Alors pourquoi un tel mépris de la vérité en politique ?
La vérité y est méprisée parce que les acteurs politiques sont convaincus qu'en énonçant certaines affirmations, même si c'est faux, on aura plus de succès. Enorme erreur... Agir ainsi crée un climat de méfiance, car on finit toujours (ou presque ?) à découvrir la supercherie. C'est cette façon d'agir qui fait que les sociologues opposent entre eux des théories partant d'idées politiques plutôt que de se référer à l'expérience avec force graphiques, sondages et expérimentations, alors que les physiciens et biologistes finissent par se mettre d'accord. Et puis on peut très bien être percutant tout en restant au plus proche de la réalité.
Si vous aussi vous en avez marre du mensonge politique qui la rend si compliquée, sachez que vous avez un rôle à jouer : défendre la vérité.
Car avant d'être politiciens, ces gens là étaient des humains baignant dans une culture. Seulement la culture dans laquelle nous sommes prône la vérité, mais en même temps, nous incite à être hypocrite pour plaire et assez négligent sur l'exactitude de nos propos. Et cette culture, c'est aussi nous qui la faisons. Et c'est à nous de défendre la vérité dans nos propres actes, de développer une sorte d'hygiène scientifique qui empêchera plus facilement au mensonge politique de perdurer. Pour que la vérité triomphe et ne soit pas source de pouvoir à une minorité.
Et peut-être qu'un jour, le mensonge sera enfin interdit par la loi. Allumons donc en grand nos lumières pour que ce jour mette le mensonge politique au rang de malheur du passé.